Le spectacle Romanza : Une diva à Paris fera sa première australienne au festival Adelaide Fringe en mars. Chanteuse talentueuse mais inclassable, Inès défie les frontières musicales et les conventions sociales, trouvant sa véritable voix et son destin en chantant dans les rues de Paris. Ce voyage poétique à travers la ville célèbre la liberté, la résilience et le pouvoir de la musique au-delà des étiquettes. Bruno Edelman-Niver, metteur en scène, auteur, parolier et producteur de ROMAZNA – Une diva à Paris, nous parle de ce spectacle.

Inès a grandi avec l’« âge d’or » de la chanson française dans les oreilles. Quelles voix – Piaf, Gainsbourg, Dalida, Barbara, Legrand – sont les plus proches du cœur de ROMANZA, et comment résonnent-elles dans le spectacle sans le transformer en simple imitation ?
L’âge d’or de la chanson française se situe dans les années 60 70, c’est-à-dire l’époque de la chanson à texte ou de la chanson dite populaire, où le texte semblait s’allier à une mélodie facile à retenir. Inès a chanté dès l’enfance les chansons de Dalida, Barbara, Legrand, Gainsbourg, Piaf, etc. et son attirance pour les textes poétiques et les belles mélodies à déterminé son intérêt pour les chansons de cette époque.
Dans l’album « Romanza », l’alliance des textes poétique de Bruno Edelman-Niver, avec les mélodies composées par Inès, recrée ce cocktail unique de la chanson française, dite “chanson à texte”, poétique et populaire. C’est en cela qu’Inès prolonge une tradition de la chanson française, tout en la modernisant, y apportant sa voix originale, et des touches de mélodies balkaniques, tsiganes, orientales, latino-américaines (tango), etc.
Sa voix unique tranche avec la tendance actuelle dans la chanson française à plutôt dire les textes, ou les chanter en les murmurant. Dans « Romanza » la voix d’Inès est au premier plan, qu’il s’agisse de variations lyriques, de jazz, ou de chanson française. Dans le spectacle, quelques chansons françaises dites “classiques”, sont incorporées à la mise en scène et font avancer l’action, mais il ne s’agit en aucun cas d’imitation, car elles s’articulent avec l’ensemble des autres chansons, en particulier celles de l’album d’Ines Romanza.
Inès prolonge une tradition de la chanson française, tout en la modernisant, y apportant sa voix originale, et des touches de mélodies balkaniques, tsiganes, orientales, latino-américaines (tango), etc.
Sa voix couvre trois octaves et oscille entre le jazz, la musique classique et la chanson. Quand vous l’avez entendue pour la première fois, qu’est-ce qui vous a le plus frappé : l’étendue de sa voix, sa couleur ou sa capacité à s’approprier des styles très différents ?
Quand j’ai entendu pour la première fois chanter Inès, j’ai été frappé par la facilité avec laquelle elle interprétait aussi bien des chansons françaises, que des airs de jazz ou de pop. Ce qui m’a frappé le plus, c’est la facilité déconcertante avec laquelle elle chantait des mélodies, que des chanteurs amateurs ou semi-professionnels mettaient en général longtemps à apprendre, ou chantaient assez mal. Elle chantait dans tous les styles, y compris le chant lyrique, qu’elle avait appris toute seule.
Ce n’est que plus tard, une fois qu’elle a pris conscience de sa voix, qu’elle a commencé à perfectionner sa technique. Elle est entrée au Conservatoire, directement en troisième année, puis du premier coup a eu le concours d’entrée en cycle spécialisé au CRR de Paris. Mais, le plus important, c’est qu’elle chantait, avant même d’avoir pris des cours, aussi bien que ceux qui avaient suivi des années d’études, et cela dans tous les styles. Il ne lui manquait que la technique, et surtout la confiance en soi.
C’est cette facilité, qui paradoxalement devint pour elle un handicap, lorsqu’elle se trouva confronté, dans la vie professionnelle, à la concurrence, l’envie, la catégorisation, l’étroitesse d’esprit…Bien sûr, le spectacle ROMANZA – une diva à Paris, évoque l’histoire d’Inès, chanteuse à la voix d’or.
Cependant, il ne s’agit pas d’un spectacle autobiographique, mais plutôt d’une fiction inspirée de faits réels. C’est le prétexte à un voyage en chansons, dans les coulisses du monde musical, et le Paris bohème…
le spectacle ROMANZA – une diva à Paris, évoque l’histoire d’Inès, chanteuse à la voix d’or.
Comment avez-vous découvert Inès ?
J’ai découvert Inès, au club des poètes à Paris. C’était pendant le COVID, il n’y avait alors pratiquement aucun théâtre ouvert à paris. Comme je ne pouvais ni montrer mes spectacles, ni voir ceux des autres, j’y allais pour déclamer de la poésie, et entretenir ainsi mon talent d’acteur… C’est ainsi que j’ai découvert Inès: elle chantait, accompagnée par un guitariste, avec une voix magnifique, “Est-ce ainsi que les hommes vivent”, une chanson de Léo Ferré sur un poème de Jean Ferrat. Je chantais justement cette chanson-la dans mon spectacle. Nous avons décidé de la chanter ensemble. Nous avons préparé un duo, que nous avons présenté au public du club des poètes.
Le texte de présentation suggère qu’elle « n’appartient à aucune école ». En tant que metteur en scène, comment avez-vous décidé de présenter cela : comme un problème qui la bloque ou comme une force secrète qu’elle n’a pas encore reconnue ?
C’est justement là que se situe la problématique du spectacle : si l’on veut garder son originalité, on ne peut entrer dans aucune case, ni appartenir à aucune école, mais si on n’appartient à aucune école on ne peut faire reconnaître son originalité. De cette problématique est né le spectacle Romanza- une diva à Paris, qui développe le thème là l’incompréhension de la nature artistique par les institutions, qui pourtant se nourrissent de son énergie créatrice, sans laquelle ces mêmes institutions (conservatoire, clubs de jazz, salles de concert, etcetera) ne pourraient même pas exister. La conjonction et l’opposition de ces deux notion, l’artistique et l’institutionnel, est le noeud gordien du spectacle, au moyen duquel Ines finit par se révéler.
C’est justement là que se situe la problématique du spectacle : si l’on veut garder son originalité, on ne peut entrer dans aucune case, ni appartenir à aucune école, mais si on n’appartient à aucune école on ne peut faire reconnaître son originalité
Dans l’histoire, les responsables des salles ne savent pas où classer Inès. Dans quelle mesure ROMANZA : une diva à Paris s’inspire-t-il d’expériences réelles avec des gardiens qui veulent que les artistes rentrent dans un seul et même moule ? Qu’est-ce qui était important pour vous à ce sujet ?
Ce sujet est important pour moi, car c’est une manière de montrer à quel point le monde de la musique est, à l’heure actuelle, sclérosé en France. C’est-à-dire que d’un côté, il y a un choix infini de genres de musiques, d’expériences, un foisonnement inimaginable de musiciens, de concerts (à Paris, en tout cas), et d’un autre, il semble que les professionnels de la musique veuillent confiner la nouveauté, à des genres qui leur semblent plus lucratifs et plus « modes ». À ce titre, on peut parler d’omniprésence du Rap et de la musique urbaine, au détriment de la chanson française, qui semble être réservée (selon eux) à une catégorie de personnes dites « passéistes “. Pourtant, lorsque nous avons diffusé l’album “Romanza” sur des réseaux sociaux, (Instagram, Facebook, YouTube, etc), nous nous sommes aperçus que nos auditeurs étaient de tous les âges, de tous les milieux sociaux, et de tous les genres. Pourtant, les programmateurs parisiens et les directeurs de salles (qu’il s’agisse de jazz ou de variété) insistent sur le fait que la chanson française est forcément un genre qui n’intéresse que des gens « âgés », et que la nouveauté ne peut se produire que dans la musique urbaine.
Pourtant, lorsque nous avons diffusé l’album “Romanza” sur des réseaux sociaux, […] nous nous sommes aperçus que nos auditeurs étaient de tous les âges, de tous les milieux sociaux, et de tous les genres.
Évidemment, il y a aussi de nouvelles chanteuses qui émergent avec succès, telles que Zaho de Sagazan, Ysé, Clara Luciani, etc, et qui prolongent la tradition de la chanson française. Mais, je souligne que cet avis n’engage que moi, je considère que leurs textes et leurs voix, ne sont pas suffisamment charismatiques. Et qu’il manque chez ces chanteuses, la joie de vivre, l’amour de la vie, la poésie, ou à l’inverse ce dramatisme universel qui caractérise les belles chansons françaises. Les textes de ces chanteuses à la mode révèlent des personnes centrées sur elles-mêmes, et donnent une vision du monde étriquée, dépressive. Il semblerait que la tendance, pour parler comme les programmateurs de salles, de la chanson française soit à la dépression, la dépréciation de soi, aux thématiques sociales, et, en ce qui concerne plus particulièrement les chanteuses, au féminisme et la violence conjugale, etc. C’est-à-dire que la tendance est à la chanson engagée dans les thèmes du moment.
Inès et moi, nous avons créé un album qui ne parle d’aucune de ses tendances, ne parle que d’amour, de passion, ou encore de sujets universels, tel que l’exil ou ou l’absence, mais en gardant toujours l’accent sur la poésie, les mélodies, et non sur un « engagement à la mode », destiné à mieux vendre les chansons. Cette démarche peut être considérée aujourd’hui comme une forme d’engagement contre un certain courant musical, et pour la défense de la poésie et de la belle chanson française.
Inès et moi, nous avons créé un album qui ne parle d’aucune de ses tendances, ne parle que d’amour, de passion, ou encore de sujets universels, tel que l’exil ou ou l’absence, mais en gardant toujours l’accent sur la poésie, les mélodies,
Si vous deviez décrire Inès à un programmateur d’Adélaïde en une phrase qui ne la réduise pas à un cliché, quelle serait-elle ?
Inès, une chanteuse française atypique à la voix d’or, qui prolonge la tradition de la chanson française, tout en la transformant.
Inès, une chanteuse française atypique à la voix d’or, qui prolonge la tradition de la chanson française, tout en la transformant.
Inès finit par se mettre à chanter dans les rues de Paris. Que représente pour vous le spectacle de rue : l’échec du système, la liberté artistique ou une sorte de rituel d’initiation ?
Les trois en même temps : la liberté artistique, car dans la rue on chante ce qu’on veut, quand on le veut, à qui on veut, et de la manière dont on le souhaite, à l’heure et à l’endroit que l’on choisit… Même si, et cela est évoqué dans le spectacle, la police municipale interdit souvent aux musiciens de jouer dans les rues de Paris.
C’est aussi une sorte de rituel d’initiation, par lequel sont passés tous les grands chanteurs (Piaf, Polnareff, Zaz, et bien d’autres). En effet, les rues de Paris ont toujours inspiré les chanteurs des rues, qui à leur tour ont inspiré les rues de Paris.
Enfin, cela représente évidemment un échec du système, car les institutions, et cela est une constante, en tout cas en France, reconnaissent toujours trop tard leurs nouveaux talents. Bien souvent, ceux-ci doivent s’exiler à l’étranger pour se faire connaître, puis lorsqu’ils reviennent en France, ils sont en quelques sortes “redécouverts” par le milieu musical. C’est un thème récurent pour les musiciens français.
« Un voyage à travers Paris » suggère que la ville est presque un personnage à part entière. Quel aspect de Paris ROMANZA nous montre-t-il : le Paris des cartes postales, le Paris nocturne, les rues populaires ? Comment avez-vous choisi les lieux qui apparaissent dans la pièce ?
Paris est effectivement le personnage principal de la pièce, en dialogue avec Inès. Le spectacle nous fait voyager dans un Paris imaginaire, évoqué à travers des textes dits par le pianiste récitant, qui interprète plusieurs rôles, et accompagne Inès dans son voyage théâtral et musical. Mais les lieux de Paris précisément évoqués dans le spectacle, sont le Pont des arts, les berges de la Seine, et la Seine elle-même, qui irrigue la ville de poésie et de chansons. Quelques images vidéos de Paris émaillent ce voyage.

La phrase « c’est là qu’elle a rencontré son destin » est très évocatrice. Sans dévoiler la fin, quel genre de destin vouliez-vous lui donner : la reconnaissance, l’amour, une nouvelle voix ou quelque chose de moins attendu ?
Ce qu’attendent tous les artistes, la reconnaissance… Mais ce n’est qu’une étape vers une nouvelle quête artistique, un nouveau voyage.
Vous êtes poète, dramaturge et metteur en scène, vous évoluez entre la page et la scène. ROMANZA a-t-il commencé comme un poème, un scénario ou l’image de cette femme chantant seule à Paris ? Quelle a été la première étincelle ?
Nous sommes partis de l’album “Romanza”, un album de chansons poétiques, dédié à Paris, dont j’ai écrit la majorité des textes. Au départ, le scénario était volontairement inachevé. Il s’est construit pendant les répétitions, à partir des propositions des comédiens. Nous avons à ce titre, dans le spectacle, une merveilleuse comédienne, Ekaterina Khamraeva, qui interprète plusieurs rôles. Cette méthode de « l’étude pour l’action », que j’ai apprise pendant mes études de mise en scène à l’Institut de Théâtre de Moscou, donne une grande liberté aux comédiens, qui d’une certaine manière, participent à la mise en scène. Le metteur en scène, tel un chef d’orchestre, organise, choisit, procure les conditions, et dirige, les différentes “études” d’acteurs, créant ainsi une mise en scène extrêmement vivante, qui se modifie à tout moment, selon une trame préétablie (par le metteur en scène, qu’il se garde bien de communiquer aux comédiens).
Cette méthode de « l’étude pour l’action », que j’ai apprise pendant mes études de mise en scène à l’Institut de Théâtre de Moscou, donne une grande liberté aux comédiens, qui d’une certaine manière, participent à la mise en scène.
Votre travail mêle poésie, musique et théâtre dans des spectacles de style cabaret. Dans ROMANZA, comment avez-vous trouvé l’équilibre entre le théâtre narratif et les moments purement musicaux ou poétiques où le temps semble s’arrêter ?
Comme dit précédemment, l’équilibre se crée au cours des répétitions. Nous utilisons des textes déjà écrits, les chansons ou les poèmes par exemple, et créons de nouveaux textes au plateau, lors des échanges entre le metteur en scène et les comédiens.
Le spectacle utilise des textes, des vidéos artistiques et de la danse contemporaine. Comment ces éléments fonctionnent ils : comme illustration de l’histoire, comme commentaires sur Inès ou comme représentation de sa vie intérieure ? Pour le public d’Adélaïde qui ne connaît peut-être pas grand-chose à la chanson, quels points d’entrée avez-vous intégrés au spectacle afin qu’il puisse ressentir l’émotion et comprendre les enjeux pour Inès ?
Ce n’est pas un euphémisme, de dire que dans ce spectacle tout est dans le théâtre: en effet, il ne s’agit pas de raconter une histoire de façon narrative, mais d’utiliser tous les moyens du théâtre, la parole, la musique, la danse, le mime, la lumière, la vidéo, etc. pour alimenter le propos et faire avancer l’histoire. Je suis persuadé que les spectateurs, même s’ils ne connaissent strictement rien à la chanson française, se laisseront emporter par la dynamique et le rythme de la mise en scène, la voix d’Inès, la qualité musicale, et le jeu des acteurs.
Je suis persuadé que les spectateurs, même s’ils ne connaissent strictement rien à la chanson française, se laisseront emporter par la dynamique et le rythme de la mise en scène, la voix d’Inès, la qualité musicale, et le jeu des acteurs.
Lorsque les spectateurs quittent ROMANZA : une diva à Paris à l’Adelaide Fringe, qu’espérez-vous qu’ils emportent avec eux : un nouvel amour pour la chanson, un portrait de Paris ou un sentiment de reconnaissance dans le refus d’Inès de se conformer à un seul modèle ?
Je pense que les spectateurs emporteront une reconnaissance pour le refus d’Inès de se conformer à la norme, car c’est le destin de tout artiste qui croit en son art. Lutter, lutter envers et contre tout, pour réaliser son destin artistique. Ne jamais se résigner, ni abandonner. “Il faut savoir porter sa croix. Croire”, dit Nina, l’actrice en herbe de la célèbre pièce de Tchekhov « La mouette ». Je crois aussi qu’ils emporteront avec eux des mélodies et la musique de la langue française; et surtout ils garderont le souvenir d’un spectacle vivant, exalté, qui donne de l’espoir à tous dans les luttes pour l’existence.
Pourquoi le public d’Adelaide devrait-il venir voir ce spectacle ?
Pour entendre des belles chansons, écouter les sonorités de la langue française, se laisser bercer par une histoire, mi-vécue mi-imaginaire, qui donne de l’espoir. Eprouver des émotions, d’amour, de joie de tristesse, de haine, de plaisir, cette catharsis indispensable à tout spectacle qui doit transformer le spectateur le temps d’un spectacle.
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Nous remercions Bruno Edelman-Niver pour cette interview et nous avons hâte de voir Romanza : une diva à Paris en mars.
INFOS CLÉS POUR ROMANZA: UNE DIVA À PARIS
QUOI : Romanza : une diva à Paris
QUAND : 1-3, et 10-14 mars – les horaires du spectacle varie selon le jour
OÙ : The Garage International, Adelaide Town Hall, ADELAIDE
COMMENT : Achetez vos billets par ce lien
COMBIEN : Les billets à plein tariff commencent à 35 $. Il y a des remises pour les membres Fringe, les étudiant(e)s, les personnes âgées et les détenteurs d’une carte concession.

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