Isabelle Huppert livre une performance magistrale dans Mary said what she said à l’Adelaide Festival

Mary said what she said critique
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En exclusivité pour l’Adelaide Festival 2026, Isabelle Huppert a de nouveau honoré les scènes d’Adélaïde de sa présence, quelque 14 ans après sa dernière apparition dans A Streetcar, cette fois-ci avec la dernière œuvre du regretté Robert Wilson, Mary said what she said, une production du Théâtre de la Ville-Paris. Dans ce one-woman-show, Isabelle Huppert a dominé la scène pendant les 90 minutes de cette intense production, incarnant Marie Stuart, reine d’Écosse, qui fut également, pendant un temps, reine de France.

Mary said what she said critique
Photo par Lucie Jansch

Nous ne savons pas exactement à quel moment historique se déroule Mary said what she said, sauf à travers la documentation qui accompagne le spectacle, mais il apparaît clairement que l’intrigue se concentre sur la veille de sa décapitation, ordonnée par sa cousine Élisabeth Ire, reine d’Angleterre, qu’elle est accusée d’avoir conspiré contre elle. Nous voyons ici Marie réfléchir à sa vie, à ses quatre fidèles servantes, toutes prénommées Marie, aux immenses pertes et à l’indicible cruauté qu’elle a endurées, ainsi qu’à sa foi inébranlable, aux trahisons perfides et aux rivalités.

 

À travers le texte de 86 paragraphes de Darryl Pinckney, Marie retrace sa vie tumultueuse, qui commence essentiellement avec sa naissance et se termine par sa lettre d’adieu écrite en français à son beau-frère Henri III, roi de France, à la veille de sa mort. Cette lettre n’est pas seulement un adieu, mais aussi une supplique pour que son personnel, ses quatre Mary (Fleming, Beaton, Livingston, et Seaton), soit pris en charge et que leurs salaires soient payés. Elle dit qu’elle écrit chaque semaine ce « testament de la reine d’Écosse » parce qu'(« il faut passer le temps »).

 

Apparaissant presque comme un fantôme, Huppert glisse sans effort de l’arrière vers l’avant de la scène, ses pieds habilement cachés sous sa robe du XVIe siècle. Cette grâce éthérée contraste fortement avec la vitesse à laquelle elle délivre les vingt premières minutes de la pièce, où Huppert parle si vite que nos oreilles (pour ceux qui parlent français) et nos yeux (pour ceux qui lisent les surtitres) ont du mal à suivre. Cela donne un aperçu de l’intensité qui va suivre.

 

« Si seulement j’étais homme », se lamente-t-elle au début, opposant son destin royal à celui de son frère, qui à cet âge s’amusait librement parmi les cygnes. Elle s’extasie sur sa peau pâle comme de la porcelaine, matière à rêves des poètes, déclarant avec audace que « les hommes m’aiment et m’ont toujours aimée ». Dans une vulnérabilité brute, elle implore des conseils et du réconfort : « conseille-moi, réconforte-moi ».

 

Pourtant, le monologue est une véritable montagne russe émotionnelle au milieu de la tragédie. Parfois, nous sursautons dans nos sièges devant les cris inattendus ou les rires fous et déchaînés d’Isabelle Huppert, tandis que les piques affectueuses de Marie à l’égard de ses quatre Mary, celle qui est éternellement grincheuse et celle qui est toujours prête à rire, apportent une légèreté éphémère.

 

Mary said what she said marque la troisième collaboration entre Isabelle Huppert et Robert Wilson. Au-delà de la mise en scène, de la scénographie et de l’éclairage, Wilson continue de vivre à travers Mary said what she said dans un enregistrement de sa voix dont un homme s’adresse à une enfant, Marie, et teste son vocabulaire français. La musique de Ludovico Einaudi est parfaitement adaptée à la pièce, avec des boucles insistantes et des rythmes entraînants qui reflètent les souvenirs agités et tourmentés de Marie. Elle est forte et envahissante quand il le faut, et calme et douce aux moments opportuns.

Isabelle Huppert dans Mary said what she said. Photo par Lucie Jansch
Photo par Lucie Jansch

La conception lumière de Robert Wilson est d’une simplicité trompeuse, mais efficace. Le spectacle s’ouvre sur Huppert, dont la silhouette dramatique se détache à l’arrière de la scène, éclairée par un fond blanc. Les couleurs et l’intensité changent tout au long du spectacle. Dans une séquence, la scène se remplit de fumée/brouillard qui enveloppe complètement Huppert, puis des coups de feu retentissent. Mais ce n’est pas la mort de Marie, elle n’a pas été exécutée par balle ? S’agit-il d’un rêve fiévreux sur la mortalité ? Et comme si elle parlait depuis sa tombe, Marie fait plus tard référence au bourreau qui a raté le premier coup, nécessitant un second pour lui trancher la tête.

 

Le costume de Huppert a été confectionné par l’Atelier Caraco et le Théâtre de la Ville-Paris, et ses chaussures par Repetto. Le haut col noir à volants blancs immobilise le cou de Huppert comme une minerve, limitant considérablement les mouvements de sa tête, tandis que le corset serré rigidifie encore davantage sa posture.

 

Mary said what she said est une expérience intense et captivante pour le public, et nous ne pouvons qu’imaginer à quel point cela doit être encore plus intense pour Huppert de jouer ce rôle. Lors de la présentation du programme 2018/2019 du Théâtre de la Ville, Robert Wilson a déclaré au public que Huppert était « l’une des personnes les plus exceptionnelles avec lesquelles j’ai travaillé ». Elle est une actrice de théâtre et de cinéma incontournable en France et à l’étranger ; sa performance remarquable dans Mary said what she said n’est qu’un exemple parmi d’autres qui explique pourquoi elle est tant appréciée du public et des réalisateurs.

5 CROISSANTS

Matilda Marseillaise était l’invitée de l’Adelaide Festival.

 

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