En exclusivité à l’Adelaide Festival et en première australienne, Perle Noire : Meditations for Joséphine a fait partie des spectacles les plus attendus du programme 2026 de l’Adelaide Festival. Mis en scène par l’ancien directeur du festival, Peter Sellars, le spectacle met en vedette la soprano Julia Bullock, incroyablement talentueuse, qui se glisse dans la peau de Joséphine Baker, ainsi que le merveilleux International Contemporary Ensemble.

Joséphine Baker était une danseuse et chanteuse qui a connu un grand succès en France dans les années 1920 et 1930, à une époque où les personnes de couleur étaient victimes de ségrégation aux États-Unis, où elle a grandi. Mais Joséphine Baker était plus qu’une simple danseuse et chanteuse : elle a joué un rôle important dans la Résistance française, utilisant sa célébrité pour approcher et espionner des hauts fonctionnaires. Elle cachait des messages secrets écrits à l’encre invisible dans ses partitions et ses sous-vêtements lorsqu’elle voyageait à travers l’Europe.
Cependant Perle Noire : Meditations for Joséphine ne révèle pas grand-chose de tout cela. Une petite référence est faite à la médaille d’honneur nationale française qu’elle a reçue, lorsqu’elle parle de trouver sa place dans le monde, mais pour ceux qui viennent voir le spectacle sans connaître grand-chose de Joséphine, la raison de cette distinction reste obscure. Cette omission rend la référence à la médaille énigmatique, reléguant son héroïsme au second plan.
De même, Joséphine était particulièrement célèbre pour son numéro de la jupe en bananes. Là encore, cela n’est pas mentionné, mais il est simplement fait allusion au fait qu’elle était considérée comme primitive en raison de la couleur de sa peau. Le spectacle s’ouvre de manière percutante avec une célèbre citation de Joséphine Baker : « Je suis pour le spectacle. Je suis pour la consommation. J’essaie de tout donner. Je renonce à ma place dans la communauté, car ce n’est que seule que je peux aspirer à avoir autant que quiconque a jamais eu. »
Baker était également une militante engagée dans le mouvement pour les droits des Noirs. Cela est évoqué dans la puissante chanson finale, mais on a l’impression que le spectacle met beaucoup de temps à en arriver là. Les chansons semblent plutôt exprimer le souhait de ne pas avoir la peau noire.
La chanteuse Julia Bullock ne tente pas d’imiter Joséphine Baker, et elle a raison. L’intensité posée de Bullock reflète la détermination de Baker, tout en laissant le public avide de ses triomphes. Accompagnée par le brillant International Contemporary Ensemble, composé de Tyshawn Sorey au piano et aux percussions (il a également composé la partition), Jennifer Curtis au violon, Dan Lippel à la guitare, Alice Teyssier à la flûte, Rebekah Heller au basson et Travis Laplante au saxophone, le public a été diverti par un mélange de jazz, d’opéra et de paroles récitées écrites par la poète Claudia Rankine.
Bullock n’est pas seulement une soprano ; elle prête facilement sa voix au style jazz. Elle est également parfaite, qu’elle chante en anglais ou en français, comme dans Perle Noire : Méditations pour Joséphine. Bullock s’avère être une merveilleuse interprète, particulièrement fluide dans ses mouvements. Dans un morceau où elle joue sur le fait que Baker incarne ce que le public blanc attendait des Noirs, Bullock se donne à fond en se tordant dans tous les sens. Il faut remercier le chorégraphe Michael Schumacher pour sa merveilleuse chorégraphie, en particulier dans cette scène. Bullock est également très émouvante dans son interprétation, notamment lorsqu’elle exprime son désespoir dans Si j’étais blanche.

Tyshawn Sorey a réarrangé de nombreuses chansons de Baker qui apparaissent dans ce spectacle, que ce soit en changeant le tempo ou en modifiant le genre. La célèbre « Bye Bye, Blackbird » est par exemple ralentie, tandis que « Sous le ciel d’Afrique » change complètement de ton.
Dans Perle Noire : Meditations for Joséphine, vous entendrez Bye Bye Blackbird, Sous le Ciel d’Afrique, C’est ça le vrai bonheur, Madiana, Si j’étais blanche, Doudou, C’est lui, Terre Sèche. Toutes ces chansons sont arrangées de manière complètement différente de ce que vous avez pu entendre auparavant.
Le décor est simple : un escalier menant à une plate-forme rétroéclairée de couleurs changeantes, représentant soit la terre rouge africaine, soit le jaune de l’espoir. Il faut féliciter le concepteur lumière James F. Ingalls pour ce choix d’éclairage simple mais très efficace.

Le spectacle est particulièrement pertinent aujourd’hui surtout lorsque nous avons une Amérique, et ce n’est peut-être pas seulement en Amérique, où la couleur de votre peau détermine la façon dont les gens vous traitent. Dans un monde de plus en plus hostile aux migrants, la ségrégation que Baker a fui et contre laquelle elle s’est battue ne semble pas appartenir à un passé lointain. En s’en tenant uniquement à l’obscurité du monde de Joséphine, il confronte nos propres privilèges de Blancs, mais reste trop « je suis malheureuse » et ne reflète pas pleinement l’héroïsme et la joie de Baker.
Perle Noire : Meditations for Joséphine est loin d’être autobiographique, il s’agit plutôt, comme son nom l’indique, d’une œuvre « pour Joséphine » plutôt que « sur » ou « à propos de ». Il est juste de perturber le public et de lui rappeler que le monde n’a pas tellement changé, mais en s’en tenant uniquement à la noirceur du monde de Joséphine, cela ne contribue guère à informer le public sur qui elle était vraiment et sur ses réalisations. Tout comme le contenu du spectacle est intentionnellement dérangeant pour le public, la musique l’est parfois aussi. Un gong fait sursauter les spectateurs à quelques reprises au cours des 90 minutes que dure le spectacle. Alors qu’un gong signale souvent la fin sereine d’une méditation (ce qui correspond au titre du spectacle), ces coups secs sont plutôt destinés à confronter et à secouer le public.
Si nous devions noter ce spectacle uniquement sur la base des performances, nous lui attribuerions 5 croissants. Cependant, c’est l’accent mis uniquement sur la noirceur du monde de Joséphine qui nuit à ce qui aurait pu être une production vraiment merveilleuse.
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3,5 CROISSANTS
Matilda Marseillaise était l’invitée de l’Adelaide Festival
La saison du Festival d’Adélaïde de Perle Noire : Méditations pour Joséphine est terminée.
