Bilan de WOMADelaide 2022: vive les 30 ans!

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Le week-end dernier, WOMADelaide a célébré son 30e anniversaire dans son lieu d’origine, le Botanic Park dans le centre d’Adelaide. Hormis la double vaccination obligatoire pour entrer, l’événement a ressemblé à un retour aux jours d’avant la pandémie, avec une foule nombreuse et debout qui chantait et dansait au rythme des spectacles (WOMAD étant le premier événement où le chant et la danse sont autorisés depuis son interdiction en Australie-Méridionale).

WOMADelaide 2022 review -

Nous n’avons pu assister qu’à deux des quatre jours: le dimanche après-midi/soirée et le lundi après-midi, et les spectacles que nous critiquons sont ceux de ces journées. Lisez la suite de notre bilan de WOMADelaide 2022.

 

Ausecuma Beats

Le premier spectacle auquel nous avons assisté le dimanche était Ausecuma Beats – un groupe australien de 9 musiciens originaires du Sénégal, de Cuba, du Mali, de Guinée, de Gambie et d’Australie. Le nom Ausecuma est une combinaison des noms des pays et régions d’où viennent les membres du groupe : l’Australie, la région de la Sénégambie, le Cuba et le Mali.

 

Les membres du groupe, tous des hommes, étaient vêtus de leurs t-shirts noirs « Musso », avec une image de personnes avec des instruments sur un ovale jaune. L’un des batteurs portait une coiffe rouge et noire avec des plumes beiges dressées.

Copyright News Corp Australia

L’animatrice de la scène 7, plus ombragée et plus détendue, en présentant le groupe a informé le public qu’il allait se lever et danser. Il leur a fallu quelques chansons, mais ils ont tenu parole. Leur son est fourni par une guitare électrique et une section rythmique ouest-africaine composée de doun doun, djembe, balafon et congas, ainsi que de sax, guitare, basse et batterie. Ce qui a commencé par un public debout, se balançant lentement d’un côté à l’autre, s’est transformé en un public qui se trémoussait et dansait avec enthousiasme au milieu du spectacle. Il est devenu impossible de résister au rythme du tambour et de bouger.

 

Farhan Shah & Sufi Oz

Le spectacle suivant était le seul de WOMADelaide pour Farhan Shah & Sufi Oz. Farhan Shah est un compositeur et chanteur de Qawwali basé en Adélaïde qui réunit la musique traditionnelle soufie du Pakistan et la scène musicale contemporaine de Karachi. On l’a surnommé le « Pavarotti pakistanais » pour sa voix phénoménale, et en assistant au concert de dimanche, il était facile de comprendre pourquoi. Sa voix s’élève et atteint les roussettes dans les arbres. Son son ressemble parfois à un chant de méditation, encourageant le voyage planaire.

Farhan Shah s’est produit à WOMADeaide 2022 avec son talentueux groupe Sufi Oz dont les membres ont des origines syriennes, françaises, japonaises, irlandaises et fidjiennes et qui partagent une affinité pour la musique soufie. Leur look était assez différent des t-shirts et jeans décontractés d’Ausecuma Beats, avec un mélange de chemises à col et de châles/écharpes enroulés autour de plusieurs membres du groupe. Farhan Shah lui-même portait un blazer bleu, un châle traditionnel et une taqiyah noire.

 

Yé-Yé 2.0

Sur la scène du zoo, le groupe Yé-Yé 2.0 avait une atmosphère complètement différente de celle des autres groupes que nous avions vus ce jour-là.  Pour les non-initiés, le mouvement français Yé-Yé des années 1960 a mis en avant la liberté, la fraternité et l’égalité sur un rythme rock ‘n’ roll. Le festival So Frenchy So Chic avait organisé que quelques artistes australiennes donnent au son Yé-Yé leur propre tournure cool des années 60 pour un EP intitulé Yé-Yé 2.0. Parmi les artistes qui ont enregistré des chansons pour cet EP figurent Ali Barter et Nadéah (Nouvelle Vague), qui se sont produites à WOMADelaide 2022. Il s’agissait de la première de leur concert en Australie méridionale, après avoir été présenté à So Frenchy So Chic à Melbourne le mois dernier.

Parmi les chansons que le public a pu reconnaître, on trouve une version française de “These boots are made for walking” (« Ces bottes sont faites pour marcher ») de Nancy Sinatra.

 

Ali Barter portait des bas noirs avec un short noir et un haut noir. Nadéah en bas résilles nus, et une robe écossaise verte et rose associée à des baskets blanches.  Ce fut un moment touchant lorsque Nadéah est descendue de la scène et s’est assise dans le public, les jambes croisées, aux côtés d’un petit enfant, pendant qu’elle chantait. Ali Barter et Nadéah ont joué de la guitare à tour de rôle en chantant.

Grace Barbé

Lundi à Adélaïde, les températures ont grimpé jusqu’à 35 degrés et les foules étaient moins enthousiastes à l’idée d’être sur le dancefloor devant la scène mais préféraient écouter à l’ombre des nombreux arbres de Botanic Park.  Des dizaines de personnes ont bravé le soleil et se sont installées devant la scène 2 pour la performance de Grace Barbé qui donnait l’impression d’être sortie du Botanic Park d’Adélaïde et d’être partie en vacances sur une île tropicale.

 

Cette île tropicale pourrait bien être les Seychelles, dont Grace Barbé est originaire (bien qu’elle soit maintenant basée à Perth). L’histoire colorée des Seychelles, faite d’esclavage, de pirates, de coups d’État et de noix de coco, a donné naissance à une culture kreol unique (le kreol étant la langue créole basée sur le français). Grace Barbé fusionne les rythmes et les danses tropicales des esclaves avec le rock psychédélique, l’afrobeat, le reggae et la pop.

Image de la représentation de Grace Barbee à WOMADelaide le samedi (pas celle qui a fait l’objet de la critique). Copyright: News Corp Australia

 

Grace est arrivée sur scène vêtue d’une longue robe fluide et coiffée d’une guitare jaune vif, qui se mariait parfaitement avec les tournesols jaunes enroulés autour de son pied de micro. Son son insulaire comprenait des riffs de guitare accrocheurs et des voix envoûtantes, avec des airs entraînants que nous nous surprenons encore à fredonner trois jours plus tard! Welele! est une chanson qui trotte dans la tête! Les applaudissements après chaque chanson ont été remerciés par des « merci beaucoup ». Nous aimons toujours entendre les artistes nous parler un peu de leurs chansons, et c’est ce que Grace a fait. Elle a expliqué que Fanm parlait des femmes dans la société patriarcale kreol, et qu’une autre chanson avait un message : regardez mais ne touchez pas – destiné aux hommes qui boivent trop et qui tripotent les femmes qui passent par là.

Image: John Hemmings

 

Notre bilan de WOMADelaide 2022

Parmi les quelques spectacles que nous avons pu voir à WOMADelaide, tous étaient agréables et tous extrêmement différents les uns des autres – l’une des choses magnifiques de WOMADelaide est la diversité des genres et des cultures. Nous félicitons WOMADelaide pour son 30ème anniversaire et attendons avec impatience de nombreuses autres décennies.

 

WOMADelaide reviendra en 2023 lors du long week-end du vendredi 10 mars au lundi 13 mars. Inscrivez-le dès maintenant dans vos calendriers – quels que soient les artistes qui joueront, que vous les connaissiez ou non, WOMAD est toujours une merveilleuse expérience culturelle.

Matilda Marseillaise était l’invitée de WOMADelaide 2022.

Pour d’autres événements liés au français et aux francophones qui se déroulent en Australie et en ligne, consultez notre article Que faire en mars.

 

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MUSIQUE: Interview avec Youssou N’Dour avant ses concerts en Australie cette semaine

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J’ai parlé avec Youssou N’Dour avant qu’il parte de Dakar pour ses concerts en Australie cette semaine (infos et billets à la fin de l’article)

Youssou Ndour sitting on a step looking to camera
Image prise du site de Sydney Opera House

 

Ça fait 30 ans que vous êtes dans le business de musique. Comment pensez-vous avoir pu rester si longtemps dans ce milieu?

C’est vrai que ça fait 30 ans mais chaque jour, que c’est ma passion, j’ai l’impression que ça vient de commencer. Et les idées sont là, les échanges sont là, parce que c’est une démarche aussi d’échange avec les gens. Je respecte ma musique locale, sénégalaise, aussi et dans les rencontres qu’on peut avoir. Tout cela forme un ensemble de choses qui vous motivent, qui vous gardent à jour et qui vous laissent parfois… Il y a ma musique et puis le showbiz mais ça va à part.

 

J’ai remarqué que les chansons africaines ont toujours un message par rapport aux chansons en anglais qui sont parfois n’importe quoi. Pensez-vous que c’est donc naturel d’avoir chanté des chansons qui ont un message que vous êtes maintenant dans la politique? Est-ce que c’était une progression naturelle?

Oui. D’abord nous avons une société qui a une culture orale. C’est-à-dire qu’on a beaucoup plus des paroles. Dans cette société là nous utilisons des chansons pour prendre des raccourcis, parler des choses qui nous plaisent et des choses qui nous déplaisent. Des avertissements. On fait des fois comme le rôle de la presse.  On a une chanson avec des mots, avec tout et ça c’est un petit peu le démarche en Afrique qui permet quelqu’un d’écouter de la musique et d’écouter les idées et de l’influencer etc. Je pense que c’est la réalité à la même ligne on a trouvé ça ici. Maintenant, dans le cadre politique, il faut comprendre que moi, je vis au Sénégal. Je n’ai jamais vécu ailleurs. Je vis au Sénégal. Je m’habille comme eux, j’habite chez eux, je vis comme eux. Je les considère comme moi.

Image prise du site France 24 http://www.france24.com/en/20120405-youssou-ndour-macky-sall-senegal-cabinet-culture-tourism-minister

 

Donc vous avez toujours vécu là? J’avais lu que vous étiez basé à Paris maintenant.

Oui donc je suis basé ici et quand je vois que je peux agir par mon expérience, par mon réseau, par ma façon de faire, de lancer des messages, mais aussi quelqu’un qui participe. Vous savez que la politique c’est l’affaire de la cité. Si vous n’êtes pas concerné, les décisions vous impactent. C’est ça et bon ma vision politique est très (orienté) citoyen. Un citoyen qui veille et qui donne son nom, qui est là, qui parle quand il faut parler. Il y a beaucoup, beaucoup de choses à faire en Afrique et je pense que la musique peut participer comme d’autres choses.

 

Et en ce moment le rôle que vous avez –

Je suis ministre Conseiller du Président de la République de Sénégal. Conseiller, ce qui me permet de faire le conseil, transversalement sur toutes les questions. Et après, je peux aussi en même temps, ce que je n’ai pas pu faire quand j’étais en charge le Ministre de la Culture, avoir un département on n’a pas le temps. Etant conseiller j’ai plus de temps, ça me permet de continuer ma passion.

 

Et vos chansons sont en wolof?

C’est le wolof d’une manière générale qui est à la base. Il y a un peu d’anglais dans les chansons mais c’est le wolof qui est à la base.

 

Comment pensez-vous que vous avez pu avoir autant de succès dans les pays ou on ne parle pas le wolof?

Vous savez la musique c’est d’abord une langue. C’est peut-être la première langue. De côté-là, je n’ai pas de problème! A travers la musique, on peut laisser la musique parler. Cette histoire de langue c’est vrai, c’est une réalité. Mais je ne pense pas que ce soit un problème pour toucher les gens. La musique, comme j’ai vu c’est une langue, c’est la première langue.

 

Donc ça réunit tous les gens.

Oui.

 

Quel est le message dans votre dernier album « Seenie Valeurs » ?

Le dernier album c’est quelque chose qui parle de l’Afrique. J’ai pu faire beaucoup, beaucoup de rencontres avec la musique et j’ai finalement fait un choix de faire appel aux plus jeunes. C’est-à-dire qu’en Afrique nous avons de la musique moderne urbaine qui celle des plus jeune et j’ai voulu faire un plan B à ces jeunes-là parce que vous savez en Afrique nous sommes 60% de la population a moins de 25 ans. C’est très important de parler aux jeunes. C’est un plan B pour parler aux jeunes. Et deuxième chose, c’est pour dire que l’Afrique a des voix pour parler pour elle pour le reste du monde. Donc je ne parle pas seulement aux causes africaines. J’ai parlé aussi sur cet album de comment nous sommes, de comment nous voulons être perçus et ça c’est quelque chose de très important aussi, quoi.

 

 

Vous allez faire deux concerts en Australie, un à BluesFest et l’autre à Sydney Opera House et vous venez avec votre groupe, le Super Etoile de Dakar. Est-ce que vous êtes venu avez eux lors de vos concerts à WOMADelaide il y a quelques années?

80% du groupe qui était venu à Adélaïde, vient avec moi.

 

Pour les gens qui vous n’avez pas vu en concert ni vu le Super Etoile de Dakar, a quoi est-ce qu’ils doivent s’attendre du concert?

Du concert, c’est d’abord les chansons classiques, qu’on connait très bien. C’est-à-dire 7 seconds, Birima, etc. Et ensuite, tout ce que nous avons sorti, des albums, nous avons le nouveau répertoire, nous allons garder toujours l’empreinte de la musique traditionnelle, comme les percussions. Ce sont des percussions sénégalaises qui jouent un rôle très important.

 

En fait quand vous avez parlé de la musique là, vous avez dit 7 seconds, ça c’est, je pense au moins à l’extérieur de l’Afrique, la chanson pour laquelle on vous connaît tous. Vous avez collaboré avec beaucoup de gens comme Peter Gabriel, Paul Simon. Pourquoi pensez-vous que c’est cette chanson-là qui a eu tellement du succès?

Je ne sais pas comment on fait un tube, je sais comment on fait un album. C’était une soirée extraordinaire parce que Neneh voulait vraiment qu’on chante ensemble, moi aussi. Et après on s’est retrouvé, on fait la chanson, ensuite on s’est dit que c’était une grande chanson. Effectivement ça a pris, on voit comment une seule chanson peut être une fenêtre le reste de votre carrière, de votre musique, pour votre pays, pour votre continent.

 

 

Et est-ce que vous avez d’autres collaborations à venir?

Rien pour l’instant mais tout le monde connaît ma réputation qui est d’échanger. Cette démarche-là est toujours en moi. Nous avons dans les années 80 fait cela avec Paul Simon. C’est là, sans le faire exprès, que nous avons créé ce qu’on appelle la World Music. La World music, ce n’est pas une musique africaine, c’est l’anglo-saxon amène quelque chose, l’africain amène quelque chose, celle de l’Asie, du Pakistan etc. C’est l’ensemble qui crée la World Music.

 

Comme par exemple les musiciens de partout dans le monde comme quand vous étiez à WOMADelaide…

Voilà, c’est ça!

 

Je vois que vous avez été primé pour le Praemium Imperiale récemment. Félicitations pour cela. J’imagine que vous avez gagné beaucoup de beaucoup de prix dans votre vie. Quel prix est le plus important pour vous?

Très difficile, car à chaque fois que je reçois un prix, c’est pour moi un encouragement. Je ne cours pas pour chasser les prix, mais c’est une reconnaissance, cela veut dire que je peux continuer sur cette lancée qui est de vivre de votre passion. Ca je pense, c’est quelque chose de très, très important. Maintenant dire que l’un est plus important que les autres, non! Je pense que tous les prix sont importants. Le dernier c’est le Praemium c’est vrai, on en a beaucoup parlé. Tous les prix m’ont toujours encouragé, ils me gardent proche de ma passion.

 

Qu’est-ce que vous avez prévu pour le futur?

Pour l’instant nous allons tourner en Australie, au Brésil, en Côte d’Ivoire, à Paris. Donc c’est la continuation de toute cette tournée que l’on a démarré l’année dernière en Europe. Après, il n’y a pas tout de suite de projet prévu. Pour l’instant c’est les concerts. Après on verra. Si on sent qu’au niveau de l’inspiration, il y a quelque chose qui nous permet d’engager l’enregistrement d’un nouvel album, on le fera. Mais bon, pour l’instant rien n’est prévu, en tout cas calculé ou pas.

 

Une tournée mondiale prend combien de temps?

On a tout le mois de mars, après on fait une pause, après l’été pour les festivals. Nous avons aussi des programmes au niveau local, en Afrique.

 

Donc vous bougez beaucoup!

Oui, c’est ça. A très bientôt en Australie.

 

Vous pouvez voir Youssou N’Dour et le Super Etoile de Dakar à Sydney Opera House mercredi 28 mars et au BluesFest ce vendredi 30 mars.