La pièce « Art » est un chef-d’œuvre tout en blanc qui déchire presque une amitié

CRITIQUE Art
Reading Time: 5 minutes

Dans la pièce Art, une amitié de vingt ans arrive à un tournant décisif lorsqu’un des deux amis achète une toile pratiquement vierge à un prix exorbitant. Imaginez que votre ami de vingt ans achète soudainement une œuvre d’art moderne pour une somme ridicule, et que tout ce que vous voyez, c’est une toile vierge. Lui diriez-vous que c’est de la « merde » ? C’est exactement ce qui se passe dans Art, ce qui déclenche une spirale infernale. Une distribution australienne de premier plan, composée de Richard Roxburgh, Damon Herriman et Toby Schmitz, présente Art de Yasmina Reza au Her Majesty’s Theatre, mais seulement jusqu’à dimanche.

CRITIQUE Art

Art est une comédie noire française écrite par Yasmina Reza et traduite en anglais par Christopher Hampton. Elle a fait ses débuts à Paris, en français, à la Comédie des Champs-Élysées en 1994. La pièce a ensuite fait ses débuts à Londres en 1996, puis à Broadway en 1998, et fait rire le public depuis lors.

 

Serge (Herriman), un dermatologue qui s’est pris de passion pour l’art moderne, est très fier de sa dernière acquisition, un tableau de l’artiste Antrios. Il le montre fièrement à son ami Marc (Richard Roxburgh), un ingénieur qui n’apprécie pas l’art moderne. Marc lui demande si elle a coûté cher et qui est l’artiste. Il a du mal à croire que son ami ait pu dépenser une somme aussi exorbitante pour cela. Marc n’est pas du genre à mâcher ses mots et se lance donc dans une diatribe sans concession.

 

Cependant, au lieu de simplement passer outre et de tourner la page, la toile vierge devient le prisme à travers lequel leur amitié sera examinée. Cette toile vierge, très coûteuse, est le catalyseur de l’effondrement du monde de Marc et de la prise de conscience que leur amitié n’est plus ce qu’elle était.

Toby Schmitz as Yvan and Richard Roxburgh as Marc in Art the Play
Toby Schmitz dans le rôle d’Yvan et Richard Roxburgh dans celui de Marc dans «Art»

Yvan (Schmitz), leur ami pacificateur et indécis, ressemble un peu à un enfant déchiré entre ses parents divorcés, entraîné dans leurs disputes et parfois pris pour cible de leur colère. Il oscille entre le rôle d’arbitre de leurs disputes et celui de cible de leur colère. La première fois que l’on voit Yvan, il entre dans la pièce à reculons, les fesses en l’air, accroupi à la recherche d’un capuchon de stylo.

 

Mise en scène de main de maîtresse par Lee Lewis, Art met en scène Richard Roxburgh, Damon Herriman et Toby Schmitz, qui forment le trio parfait pour incarner ces trois amis. On retrouve des similitudes entre l’esprit caustique de Roxburgh dans son personnage de Marc dans Art et le brillant avocat autodestructeur Cleaver qu’il incarnait dans la série télévisée Rake (celle qui nous a fait tomber amoureux de Roxburgh). Les deux personnages sont incroyablement impulsifs et totalement incapables de réfléchir avant de dire ce qu’ils pensent.

 

Les trois acteurs offrent non seulement un timing délicieusement précis qui permet aux dialogues de Reza de faire mouche avec à la fois mordant et malaise, mais aussi des performances physiques fantastiquement exagérées. Roxburgh, parfois, secoue la tête et agite les mains de haut en bas de manière presque maniaque, exaspéré, incrédule. Regarder Art, c’est assister à une véritable masterclass dans l’art du jeu d’acteur.

Art the Play Left to Right: Damon Herriman, Toby Schmitz, Richard Roxburgh
«Art» du gauche à droite :
Damon Herriman, Toby Schmitz, Richard Roxburgh

Damon Herriman, né et élevé à Adélaïde, a principalement mené sa carrière au cinéma et à la télévision aux États-Unis et en Australie, mais il n’est pas étranger à la scène, puisqu’il a fait ses débuts au théâtre à l’âge de 8 ans. Son interprétation de Serge est parfaite. Il insuffle au personnage une indignation maîtrisée, qui contraste fortement avec le tempérament explosif de Marc.

 

Roxburgh ne s’est produit qu’une seule fois à Adélaïde, en 1995, et ce fut de courte durée puisqu’il s’est déchiré le ligament croisé antérieur lors de la première de Hamlet, ce qui a entraîné l’annulation du reste de la saison. Le voir donc honorer de sa présence une scène d’Adélaïde est donc un plaisir tout à fait privilégié.

 

Toby Schmitz, originaire de Perth, est un comédien qui nous a enchantés lorsque nous l’avons découvert pour la première fois en 2009 dans la production de Ruben Guthrie au Belvoir St Theatre, qui a ensuite été adaptée au cinéma (avec Patrick Brammalldans son rôle). Son interprétation d’Yvan est un régal, qu’il s’agisse de ses performances physiques ou de ses monologues exaspérés, lancés à la vitesse de l’éclair, sur toutes les femmes de sa vie qui lui rendent la vie impossible.

 

Même si la pièce a été jouée pour la première fois il y a 32 ans, elle ne date guère. On pourrait même utiliser les mots de Serge, qui exaspèrent tant Marc lorsqu’il parle du livre de Sénèque, pour la qualifier d’« incroyablement moderne ». Dans cette production, les francs sont remplacés par des euros. Le fait de dépenser une fortune pour une toile essentiellement blanche choquerait encore beaucoup de gens aujourd’hui – même dans un monde où une banane scotchée à un mur, comme dans l’œuvre de Maurizio Cattelan intitulée « Comedian » et vendue 6,2 millions de dollars, est considérée comme de l’art (même si elle constitue en soi un commentaire sur l’absurdité du marché de l’art).

 

Art est une comédie qui met en lumière avec acuité la masculinité et les failles des amitiés masculines de longue date. Le tableau peut bien être à l’origine du conflit, mais ce qu’il met au jour est bien plus profond. Voir trois des meilleurs acteurs australiens partager la scène à Adélaïde donne l’impression d’assister à un événement rare — et à une véritable pièce de collection.

5 CROISSANTS

Matilda Marseillaise était l’invitée de TS Publicity (mais on a tellement aimé le spectacle qu’on a acheté des billets et y est retournée!)

 

Lisez notre interview avec Damon Herriman à propos d’Art

Related Posts

Matilda Marseillaise

En savoir plus sur Matilda Marseillaise

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture