Le français côtoie d’autres langues dans ces films multilingues présentés au Melbourne International Film Festival 2026

Melbourne International Film Festival 2026 - multilingues
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Au Melbourne International Film Festival 2026, trois grandes actrices françaises ne jouent pas uniquement dans des productions entièrement en français, mais dans des productions multilingues où le français est l’une des langues utilisées. Découvrez Virginie Efira parlant à la fois français et japonais dans le film pour lequel elle a remporté, conjointement avec sa partenaire Tao Okamoto, le prix d’interprétation féminine à Cannes ; Isabelle Huppert dans le rôle d’une vampire glamour dans une comédie décalée en allemand et en français ; et Léa Seydoux dans le rôle d’une épouse et d’une mère confrontée aux répercussions émotionnelles, morales et pratiques de l’inculpation de son mari pour un crime choquant.

Melbourne International Film Festival 2026 - multilingues

Parmi les autres films multilingues primés, citons le dernier film émouvant du réalisateur belge Lukas Dhont, qui raconte une histoire d’amour clandestine naissant entre deux jeunes hommes dans les tranchées de la Première Guerre mondiale et qui a valu à ses acteurs principaux deux prix d’interprétation masculine à Cannes ; le premier film centrafricain présenté à Cannes, qui a remporté le prix d’interprétation masculine de la section Un Certain Regard ; le film lauréat du Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, qui traite des désirs refoulés qui éclatent au grand jour au sein d’un groupe d’adolescents français visitant les ruines de Pompéi ; et le premier lauréat du prix Révélation de la Queer Palmà Cannes, qui suit l’étincelle amoureuse grandissante entre deux chauffeurs routiers longue distance.

 

Viennent compléter cette sélection de films multilingues où le français figure parmi les langues utilisées : un film d’animation abordant les conversations difficiles avec la famille après avoir fait son coming out ; un film qui oscille entre un mariage en France et des funérailles en Guinée-Bissau ; le dernier opus du plus grand provocateur roumain, qui fustige les « bonnes intentions » de la bourgeoisie ; l’histoire d’un médecin parisien en burn-out qui se rend sur une île ultra-isolée de l’Atlantique Sud, peuplée de manchots, en quête d’isolement, de salut et peut-être même d’amour ; le portrait d’une famille iranienne longtemps divisée par la géographie mais réunie par la technologie ; l’histoire d’un adolescent ghanéen et d’un adolescent canadien qui se rapprochent de manière inattendue ; une odyssée ethnographique dans laquelle un groupe de femmes voyageant en train est pris en otage par une princesse mongole ; un western révisionniste qui interroge la colonisation ; et un film se déroulant après la Seconde Guerre mondiale, dans lequel un auteur en exil parcourt une Allemagne dévastée dont les divisions font écho à sa propre famille brisée.

 

Parmi les films multilingues, incluant le français, présentés au Melbourne International Film Festival 2026, figurent des documentaires multilingues, dont un consacré à l’Australienne Tina Arena ; un documentaire sur la nature entièrement monté à partir d’images Super 8 tournées avec des caméras d’époque dans 25 pays répartis sur cinq continents ; un voyage en musique à travers 70 ans d’histoire libanaise, compilé après avoir passé au crible 20 000 heures d’images issues de sept décennies ; une plongée dans l’histoire de l’un des hommes les plus riches du monde et de l’une des plus grandes fraudes du monde de l’art du XXIe siècle ; et un hommage à Chris Marker, cinéaste, artiste et écrivain aussi visionnaire qu’insaisissable.

 

On y trouve également des films plus anciens et plus rares, notamment un récit elliptique, récemment restauré et longtemps resté hors du circuit, sur le désir saphique dans le Shanghai des années 1930 ; ainsi qu’un des premiers films expérimentaux de la réalisatrice Ulrike Ottinger, rarement projeté, mêlant paillettes, plumes et marins transgenres. Poursuivez votre lecture pour découvrir ces films multilingues, parmi lesquels le français figure parmi les langues représentées au Melbourne International Film Festival 2026, qui a débuté jeudi et se tiendra jusqu’au 23 août 2026.

 

All of a Sudden/Soudain

RÉALISATRICE : Ryūsuke Hamaguchi

PAYS : Japon, France, Allemagne, Belgique

LANGUES : japonais, français

Virginie Efira et Tao Okamoto se sont partagées le prix de la meilleure actrice à Cannes pour leur interprétation remarquable dans le dernier long métrage du maître Ryusuke Hamaguchi, qui marque les débuts en français du réalisateur.

Marie-Lou (Virginie Efira, « Histoires Parallèles », MIFF 2026) dirige une maison de retraite dans la banlieue parisienne. Dévouée à son travail et à ses résidents, elle est fermement convaincue que les personnes âgées doivent être traitées avec dignité. C’est un travail difficile et, comme tant de ses employés, elle est en proie au burn-out. Mais elle retrouve son enthousiasme lorsqu’elle rencontre la dramaturge japonaise Mari (Tao Okamoto), qui met en scène une pièce sur l’histoire des asiles psychiatriques en Italie. Alors qu’elles se lancent tête baissée dans des conversations qui durent toute la nuit sur la mortalité, la philosophie et les dérives du capitalisme, la nouvelle amitié entre Mari et Marie-Lou va changer la vie de chacune d’elles.

 

The Blood Countess/ Die Blutgräfin

RÉALISATRICE : Ulrike Ottinger

PAYS : Allemagne, Austriche, Luxembourg

LANGUES : allemand, français

L’icône du grand écran Isabelle Huppert est envoûtante dans le rôle d’une vampire glamour au sein de cette comédie « high-camp » signée Ulrike Ottinger, cinéaste queer iconoclaste.

La comtesse Elizabeth Báthory se réveille d’un sommeil de quatre siècles dans la Vienne d’aujourd’hui, vêtue de somptueuses robes cramoisies et arborant une coiffure cuivrée parfaitement mise en place. Réunie avec sa fidèle servante Hermine et son neveu vampire végétarien qui se déteste, Rudi Bubi Baron von Strudl (accompagné de son psychothérapeute sceptique), la comtesse se lance à la recherche d’un ancien grimoire magique capable de mettre fin à l’immortalité des vampires afin de le détruire. Poursuivie par des inspecteurs de police et un duo de vampirologues indécis, cette suite excentrique parcourt les bibliothèques et les cathédrales baroques de la ville – mais la comtesse se rend vite compte que les intentions de son neveu concernant le livre sont très différentes des siennes.

 

Bouchra

RÉALISATRICES : Meriem Bennani, Orian Barki

PAYS : États-Unis, Italie, Maroc

LANGUES : anglais, français, arabe

Dans cette animation saisissante qui se déroule dans un univers peuplé d’animaux anthropomorphes, une coyotte queer brise le mur du silence avec sa mère, neuf ans après avoir fait son coming out.

Bouchra, une coyotte, est une cinéaste marocaine installée à New York, en pleine création d’un long métrage semi-autobiographique. Incapable de trouver l’inspiration qu’elle recherche, elle décide d’appeler sa mère, Aïcha, qui vit à Casablanca, pour aborder le sujet qu’elles ont laissé de côté pendant près d’une décennie : la sexualité de Bouchra. Bien qu’elles soient restées en contact, la mère et la fille n’ont jamais discuté des relations homosexuelles de Bouchra, ni sa vie ouvertement queer aux États-Unis. Alors que la cinéaste commence à élaborer ses storyboards, nous sommes entraînés dans une œuvre hybride qui défie les genres et mêle mémoire, fantaisie et métafiction.

Récompensé par le premier prix queer au Chicago International Film Festival, Bouchra rappelle la mini-série 2 Lizards (2020) des réalisatrices Orian Barki et Meriem Bennani par son évocation d’un monde hyperréaliste où les animaux agissent et interagissent comme des humains. Mêlant prises de vues réelles, photogrammétrie et numérisation 3D, le film utilise de véritables extraits de conversations entre Meriem Bennani et sa mère pour se lancer dans la fabulation, le « film dans le film » de Bouchra offrant un espace de catharsis, de conjectures et de réalisation des souhaits. Empathique et visionnaire, Bouchra médite sur l’acte de médiation lui-même : comment le cinéma, tout comme les discussions qui se tiennent à travers la distance et le temps, repose nécessairement sur notre version de la vérité.

 

Chronovisor 

RÉALISATEURS : Jack Auen, Kevin Walker

PAYS : États-Unis

LANGUES : allemand, anglais, italien, français

Dans ce temple unique et déjanté dédié aux merveilles de la recherche, une universitaire se laisse happer par un dédale multimédia fait de canulars, de théories du complot et d’interventions du Vatican.

Béatrice Courte (interprétée par la véritable professeure Anne Laure Sellier) est une universitaire polyglotte dont les recherches portent sur les recoins les plus obscurs de la philosophie. Lorsqu’elle tombe sur un court paragraphe consacré au Chronovisor – un appareil construit dans les années 1950 qui prétendait « photographier le passé » à la manière d’une sorte de machine à remonter le temps spectrale et visuelle –, elle devient rapidement obsédée par le sujet. Passant ses journées dans les bibliothèques, épluchant des pages et suivant des pistes en quatre langues différentes, Béatrice est sur les traces de l’inventeur de la machine : un moine bénédictin excentrique ayant réellement existé, le père Pellegrino Ernetti. Est-il encore en vie ? Sa machine est-elle un canular ? Et quel est le rôle de l’Église catholique dans tout cela ?

 

Congo Boy 

RÉALISATEUR : Rafiki Fariala

PAYS : France, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Italie

LANGUES : swahili, français, sango, lingala

Avec une interprétation qui a révélé son talent et été récompensée à Cannes, ce récit initiatique sur un adolescent réfugié dont les ambitions musicales pourraient bien lui sauver la vie est aussi poétique qu’inspirant.

Robert, 17 ans, fait de son mieux pour joindre les deux bouts. Mais en tant que réfugié congolais à Bangui, en République centrafricaine, les chances sont contre lui. Ses parents ont été emprisonnés pour le « crime » d’être des réfugiés, et Robert doit s’occuper de ses quatre jeunes frères et sœurs. Il doit également se préparer à ses examens de fin d’études. Il trouve un exutoire en composant des chansons et en écrivant des paroles, tout en s’accrochant à son rêve de percer en tant que musicien.

Inspiré des propres expériences du réalisateur Rafiki Fariala, Congo Boy est le premier film centrafricain à être projeté à Cannes, où il a reçu une ovation debout et où la charismatique vedette Bradley Fiomona a remporté le prix du meilleur acteur de la section Un Certain Regard . À la tête d’une distribution exceptionnelle composée d’acteurs non professionnels qui confèrent une authenticité supplémentaire à l’histoire, Fiomona brille à travers les interactions poignantes de Robert avec ses frères et sœurs et ses talents époustouflants au micro, mettant en valeur une bande originale entraînante composée par Fariala. Tourné sur place à Bangui, Congo Boy est un hymne à l’esprit humain indomptable et, cerise sur le gâteau, un véritable plaisir à regarder.

 

Coward

RÉALISATEUR : Lukas Dhont

PAYS : France, Belgique, Pays-bas

LANGUES : français, néerlandais

Le dernier film émouvant de Lukas Dhont – qui a valu à ses acteurs principaux deux prix d’interprétation masculine à Cannes – raconte une histoire d’amour clandestine qui naît entre deux jeunes hommes dans les tranchées de la Première Guerre mondiale.

Nous sommes en 1916, et Pierre et Francis ont été mobilisés pour combattre sur le front occidental. Surnommé « Souris tranquille », le premier est un beau fermier musclé qui peine à s’exprimer ; le second, fils de tailleur, est flamboyant et créatif. Francis est chargé de diriger une troupe de théâtre destinée à divertir les soldats, un rôle qui l’amène notamment à se travestir pour incarner le rôle principal féminin. Lorsque Pierre se voit confier la mission d’assister la troupe, les qualités opposées des deux hommes les rapprochent – et leur collaboration se transforme en quelque chose de plus profond.

Après Close (MIFF 2022), lauréat du Grand Prix de Cannes, et Girl (MIFF 2018), récompensé par la Queer Palm, Lukas Dhont signe un nouveau témoignage de la résistance LGBTQIA+ dans un contexte répressif. Mais Dhont s’intéresse moins à une « queerisation » anachronique de l’histoire qu’à tenir un miroir aux fondements homosociaux de la camaraderie en temps de guerre. Si le directeur de la photographie Frank van den Eeden (Small Things Like These), de retour sur le projet, n’occulte pas les horreurs du conflit, sa caméra observe Emmanuel Macchia et Valentin Campagne (Species, MIFF 2026) avec une intimité qui rappelle Beau Travail (MIFF 2000), leur alchimie indéniable alimentant un drame émouvant sur l’amour interdit au front.

 

Dao

RÉALISATEUR : Alain Gomis

PAYS : France, Sénégal, Guinée-Bissau

LANGUES : français, créole portugais, manjak, wolof

Une saga familiale débridée qui oscille entre un mariage en France et des funérailles en Guinée-Bissau, explorant avec exubérance les thèmes de l’identité et de l’appartenance.

Gloria, âgée de cinquante ans, a élevé seule sa fille Nour avec dévouement. Mais lorsque Nour annonce qu’elle va se marier, Gloria doit faire le point sur sa propre vie, entre erreurs passées et espoirs d’avenir. À travers deux grandes cérémonies publiques – le mariage chic de Nour en France et le rituel funéraire du défunt père de Gloria dans son village natal en Guinée-Bissau –, mère et fille explorent leurs liens avec leur famille, leur héritage culturel et l’une avec l’autre.

Mettant en scène les membres de sa propre famille et interrogeant les notions de réalité et de fiction, de représentation à l’écran et d’identités culturelles transcontinentales, la saga familiale vibrante et riche en thèmes d’Alain Gomis tire son titre du mouvement circulaire perpétuel dont le flux unit le monde. Rappelant I Only Rest in the Storm, l’un des temps forts du MIFF 2025, avec son cadre en Guinée-Bissau, sa narration tentaculaire, ses dialogues denses et son atmosphère philosophique, cette mosaïque cinématographique grandiose est une œuvre singulièrement personnelle et profondément réfléchie. Présenté en avant-première en compétition à Berlin, Dao est la suite réjouissante du drame social-réaliste Félicité (MIFF 2017), récompensé par l’Ours d’argent, marquant un retour triomphal au cinéma narratif après Rewind & Play (MIFF 2022), son portrait documentaire de la légende du jazz Thelonious Monk, réalisé à partir d’archives.

 

The Diary of a Chambermaid/ Le journal d’une femme de chambre

RÉALSIATEUR : Radu Jude

PAYS : France, Roumanie

LANGUES : français, roumain

LANGUE : roumain

Le plus grand provocateur roumain est de retour, toujours aussi incisif, avec une parabole finement ciselée qui met à mal les « bonnes intentions » de la bourgeoisie.

Gianina est nounou à domicile chez une famille aisée de Bordeaux. Comme tant d’autres Roumains qui partent en France à la recherche d’une meilleure situation économique, elle veille à ce que cette demeure somptueuse reste impeccable, prépare à la famille ses plats thaïlandais préférés et s’occupe de leur jeune fils, parfois capricieux. Le soir, Gianina partage son temps entre les répétitions d’une pièce de théâtre – plus précisément, une adaptation expérimentale et grivoise du roman éponyme d’Octave Mirbeau datant de 1900, déjà porté à l’écran par Jean Renoir et Luis Buñuel – et les appels vidéo avec sa fille, qui se languit d’elle dans leur village natal.

Acclamée à Cannes, la dernière satire de classe de Radu Jude s’inscrit dans un registre réaliste et quelque peu mélancolique, plus proche de celui de Kontinental ’25 (MIFF 2025) que de son anarchique Dracula. Portée par les excellentes interprétations d’Ana Dumitraşcu dans le rôle de Gianina, ainsi que de Mélanie Thierry et Vincent Macaigne (Suspended Time, MIFF 2024) dans les rôles de ses employeurs – sans oublier Ilinca Manolache, l’irrépressible vedette de l’opus de Jude de 2023, Do Not Expect Too Much From the End of the World –, cette variation littéraire hors des sentiers battus se montre à la fois profondément compatissante et impitoyable dans sa mise en scène du sort parfois absurde, souvent humiliant, des travailleurs migrants.

 

Do You Love Me

RÉALISATRICE : Lana Daher

PAYS : France, Allemange, Liban, Qatar

LANGUES : anglais, français, arabe

Un voyage à plein volume à travers 70 ans d’histoire libanaise.

« La désorientation fait partie du voyage. Bienvenue au Liban. » C’est ce qu’affirme Do You Love Me, qui explore la mémoire collective libanaise de manière à la fois joyeuse et déchirante. Assemblant des photos, des films amateurs, de vieilles bobines de cinéma, des extraits télévisés, des émissions de radio et des podcasts, ce portrait librement associatif de la vie à Beyrouth regorge d’actes d’humanité et d’inhumanité. Des grèves des éboueurs aux attentats à la bombe, des reportages d’actualité aux phénomènes éphémères de la culture pop, cette folle virée à travers les archives est un acte de résistance ponctué de chants et de danses.

Le Liban ne disposant pas d’archives nationales, la cinéaste et artiste interdisciplinaire Lana Daher a décidé de créer les siennes. En passant au crible 20 000 heures d’images issues de sept décennies, Lana Daher et son co-scénariste et monteur Qutaiba Barhamji – dont les précédents travaux de montage incluent Four Daughters, Smoke Sauna Sisterhood (tous deux présentés au MIFF 2023) et The Voice of Hind Rajab, nominé aux Oscars – renoncent aux interviews, aux voix off et aux intertitres explicatifs. Au contraire, leur montage exubérant déborde d’énergie, d’audace et d’un sens de l’humour indéniable.

 

Dorian Gray in the Mirror of the Yellow Press/ Dorian Gray im Spiegel der Boulevardpresse

RÉALISATRICE : Ulrike Ottinger

PAYS : Allemagne de l’Ouest

LANGUES : allemand, français

Delphine Seyrig donne la réplique au mannequin Veruschka (en travesti) dans cette adaptation caustique d’Oscar Wilde, une vision avant-gardiste des « fake news ».

Dans le rôle du Dr Mabuse, Delphine Seyrig incarne la dirigeante ultra-féminine d’un empire médiatique international. Soucieuse d’augmenter son tirage, elle élabore un plan astucieux : créer un personnage dont ses lecteurs tomberont amoureux, puis le détruire sous leurs yeux. Dorian Gray (Veruschka von Lehndorff) est le dandy par excellence : jeune, riche et beau. Docile et impeccablement vêtu, il suit des cours d’histoire de l’art et de littérature ; assiste à des réunions philanthropiques ; et entreprend des sorties mémorables à l’opéra, au Bal de la presse et bien plus loin encore, dans les bas-fonds. Alors que la création du Dr Mabuse commence à s’imposer dans la société, une lutte de volontés s’engage.

Dans le troisième et dernier volet de sa « Trilogie berlinoise » (après Ticket of No Return de 1979 et Freak Orlando de 1981), Ulrike Ottinger s’inspire librement à la fois du roman d’horreur gothique d’Oscar Wilde de 1890, Le Portrait de Dorian Gray, et du célèbre personnage du Dr Mabuse de Norbert Jacques – via la série de films de Fritz Lang – avec un sens aigu de l’ironie queer pour créer une délicieuse satire de l’ego et du capitalisme. La conception artistique saisissante d’Ottinger est mise en valeur par les costumes transgenres de Gisela Storch et les interprétations mémorables des deux acteurs principaux, ainsi que par celle de Tabea Blumenschein, collaboratrice régulière de la réalisatrice, dans le rôle de l’amoureuse de Dorian Gray.

 

The Enchantment of the Blue Sailors/ Die Betörung der blauen Matrosen

RÉALISATRICE : Ulrike Ottinger

PAYS: West Germany

LANGUAGES: German, English, French

An assemblage of vivid imagery, The Enchantment of the Blue Sailors was Ulrike Ottinger’s second mid-length experimental film, following Laocoon & Sons: The Story of the Transformation of Esmeralda del Rio (1972/73), and her first in riotous colour. Notably, it is the only work in Ottinger’s filmography that she shares a directorial credit on: joining her at the helm here is her partner and frequent collaborator Tabea Blumenschein, who also oversaw the film’s costumes and make-up. Both women appear onscreen, with Ottinger playing the “Nymph of German Romanticism” alongside influential queer filmmaker Rosa von Praunheim (It Is Not the Homosexual Who Is Perverse, but the Society in Which He Lives) as one of the titular sailors.

Avec ses paillettes, ses plumes et ses marins qui brouillent les codes de genre, ce film expérimental de ses débuts, rarement projeté, d’Ulrike Ottinger donne le ton de son œuvre à venir.

Une mer exotique vient lécher le sable d’une plage lointaine, et une femme vêtue d’une somptueuse robe rouge et d’une coiffe assortie traverse les dunes en chantant. Des marins homosexuels, dans leurs uniformes classiques blancs et bleus, s’embrassent (des années avant que les artistes français Pierre et Gilles ne rendent ces images emblématiques). Une femme vêtue d’une robe de soirée à imprimé léopard, frangée de volants roses superposés comme les étages d’un gâteau, s’installe pour un pique-nique en solitaire, tandis qu’une autre femme, parée d’un costume d’oiseau entièrement orné de plumes, rôde à proximité, ses ailes recouvertes de guirlandes scintillant à la lumière. Des personnages légèrement vêtus s’ébattent et se bécotent avec une joie bacchanale.

Assemblage d’images saisissantes, L’Enchantement des marins bleus est le deuxième moyen-métrage expérimental d’Ulrike Ottinger, après Laocoon & Sons: The Story of the Transformation of Esmeralda del Rio (1972/73), et son premier film aux couleurs éclatantes. Il s’agit notamment de la seule œuvre de la filmographie d’Ottinger pour laquelle elle partage le crédit de réalisation : à ses côtés à la réalisation se trouve sa compagne et collaboratrice régulière Tabea Blumenschein, qui a également supervisé les costumes et le maquillage du film. Les deux femmes apparaissent à l’écran : Ottinger incarne la « Nymphe du romantisme allemand » aux côtés de l’influente cinéaste queer Rosa von Praunheim (It Is Not the Homosexual Who Is Perverse, but the Society in Which He Lives), qui joue l’un des marins du titre.

 

Fatherland

RÉALISATEUR : Pawel Pawlikowski

PAYS : France, Allemagne, Pologne, Italie

LANGUES: allemand, anglais, français, russe

Dans cette troisième réflexion de Paweł Pawlikowski sur l’après-guerre, l’écrivain en exil Thomas Mann parcourt une Allemagne dévastée dont les divisions font écho à sa propre famille déchirée.

En 1949, Thomas Mann, lauréat allemand du prix Nobel désormais âgé, met fin à son long exil loin de sa patrie pour rendre hommage au bicentenaire de Johann Wolfgang von Goethe à Francfort, en Allemagne de l’Ouest, ville natale de ce dernier. Il prévoit ensuite de se rendre dans la ville où ce géant de la littérature est mort : Weimar, désormais située dans l’Allemagne de l’Est communiste. Conduit par sa fille Erika, actrice et écrivaine qui lui en veut, Thomas traverse un pays qu’il reconnaît à peine, même s’il reste poétique lorsqu’il évoque son patrimoine. Pendant ce temps, Erika constate de ses propres yeux – tout comme son frère bien-aimé et tourmenté, Klaus, le fait dans ses romans – comment deux régimes divergents mais tout aussi compromis s’installent sur les blessures encore à vif du nazisme. Le pays dans lequel ils ont grandi n’est plus qu’un souvenir qui s’estompe ; mais cette famille d’intellectuels peut-elle encore se sentir chez elle les uns avec les autres ?

Le drame de Paweł Pawlikowski est le troisième volet d’un triptyque thématique consacré aux répercussions de l’après-guerre en Europe – tourné, comme ses prédécesseurs Ida et Cold War (MIFF 2018), dans un noir et blanc lumineux. Le road trip impeccable de Pawlikowski à travers les carrefours culturels de l’Allemagne suit une carte des détails à la fois précise et elliptique : regards dégoûtés lors de fêtes ; silences dans des restaurants à moitié vides ; nouvelles utilisations, teintées d’ironie pince-sans-rire, d’anciennes infrastructures. Parallèlement, les tensions refoulées des Mann émergent progressivement grâce aux performances magistrales de Hanns Zischler (Kings of the Road, MIFF 1976) et de Sandra Hüller (Rose, MIFF 2026 ; Anatomy of a Fall, MIFF 2023), dont l’interprétation brillamment sobre du personnage d’Erika saisit toute la gamme des émotions qui couvent juste sous la surface.

Flesh and Fuel / Du fioul dans les artères

RÉALISATEUR : Pierre Le Gall

PAYS : France, Pologne

LANGUES : anglais, français, polonais

Récompensé par la première édition du prix Queer Palm Revelation à Cannes, ce premier long métrage envoûtant suit l’étincelle amoureuse qui naît et s’intensifie entre deux chauffeurs routiers longue distance.

De par la nature de leur métier, Étienne et Bartosz sont comme des navires – ou plutôt des semi-remorques – dans la nuit. Et bien que le Français et le Polonais conduisent tous deux des camions transportant toutes sortes de marchandises à travers l’Europe, ils ne pourraient pas être plus différents : alors qu’Étienne, réservé, a été endurci par ses expériences, Bartosz, sociable, conserve sa joie de vivre malgré les épreuves. Ce qui devait n’être qu’une aventure sans lendemain au bord de la route se transforme en une histoire d’amour profonde, qui traverse tout le continent.

Les œuvres abordant la quête difficile de l’amour queer ne manquent pas, mais la réponse inoubliable de Pierre Le Gall à God’s Own Country (MIFF 2017) et à Brief Encounter enrichit son récit de rencontre inattendue en y intégrant des conflits culturels et économiques et en explorant les questions de l’acceptation de soi, de l’ambition et de l’aliénation des cols bleus. Soutenus par la photographie sensible d’Antoine Cormier et la bande originale émouvante de Paul Sabin, les acteurs Alexis Manenti et Julian Świeżewski captivent dans le rôle du couple central du film, incarnant avec magnétisme leur alchimie et leurs réactions distinctes face à cette relation délicate. Du fioul dans les artères montre comment l’amour peut s’épanouir dans les endroits les plus improbables, à condition d’être prêt à emprunter une voie différente.

 

Gentle Monster

RÉALISATRICE : Marie Kreutzer

PAYS : France, Allemagne, Autriche

LANGUES : allemand, anglais, français

Léa Seydoux est captivante dans le rôle d’une épouse et d’une mère confrontée aux répercussions émotionnelles, morales et pratiques de l’inculpation de son mari pour un crime choquant.

Lorsque Lucy, pianiste de concert avant-gardiste, accepte de déménager avec sa famille de la ville à la campagne, son objectif est d’offrir à son mari Philip un répit après une crise de panique provoquée par un épuisement professionnel. Au lieu de cela, ce déménagement la laisse isolée et émotionnellement démunie lorsque la police arrive pour perquisitionner les ordinateurs de Philip. Alors qu’elle peine à accepter sa nouvelle réalité bouleversante et à se protéger, elle et son jeune fils, Lucy doit démêler la vérité de l’amour.

Gentle Monster trouve son origine dans un article que la réalisatrice Marie Kreutzer a lu alors qu’elle préparait le tournage de Corsage (MIFF 2022). Trois ans plus tard, elle s’est retrouvée confrontée aux répercussions d’une affaire similaire, lorsque Florian Teichtmeister, la vedette de Corsage, a été inculpé pour le même délit. Ici, Kreutzer centre habilement son regard sur les femmes laissées face aux séquelles émotionnelles des crimes commis par des hommes, et ses actrices principales sont à la hauteur de la tâche : Léa Seydoux est magnifique dans son interprétation de la réaction complexe et aux multiples facettes de Lucy ; Jella Hasse apporte un contrepoint stoïque dans le rôle de l’enquêtrice devant gérer un membre de sa propre famille au comportement erratique ; et Catherine Deneuve est excellente dans un caméo où elle incarne la mère de Lucy, qui ne tolère pas la bêtise. Avec une bande originale saisissante signée Camille, Gentle Monster est une exploration psychologique pointue des sables mouvants émotionnels, aussi dévastatrice qu’essentielle.

 

Jauja

RÉALISATEUR : Lisandro Alonso

PAYS : États-Unis, France, Allemagne, Danemark, Mexique, Pas-bas, Argentine, Brésil

LANGUES : espagnol, français, danois

Western révisionniste qui interroge la colonisation, ce captivant long métrage historique d’Alonso se réinvente avec un dénouement énigmatique.

Le capitaine Gunnar Dinesen (Viggo Mortensen, Crimes of the Future, MIFF 2022) est un explorateur militaire danois qui cartographie les terres de la Patagonie à la fin du XIXe siècle. Accompagné de sa fille adolescente, Ingeborg (Viilbjørk Malling Agger), Gunnar se sent constamment menacé par les colons espagnols, les peuples autochtones et le mythe de Zuluaga, un officier danois devenu un tueur errant dans la nature sauvage. Lorsque Ingeborg disparaît dans le désert avec un soldat espagnol, Gunnar part seul à sa recherche. Confronté à la fois à des hommes hostiles et à un paysage hostile, il se sent de plus en plus perdu et désespéré.

Récompensé par le Prix FIPRESCI de la section Un Certain Regard à Cannes et classé parmi les dix meilleurs films de 2015 par les Cahiers du Cinéma, Jauja marque les débuts de Lisandro Alonso dans le cinéma historique ainsi que sa première collaboration avec Mortensen. Bien que ses coins vignettés et son format Academy confèrent au film un aspect antique, le cinquième long métrage d’Alonso est un western révisionniste qui, en utilisant les codes du genre pour réfléchir à la colonisation de l’Argentine, prend des tournants narratifs aussi énigmatiques qu’inattendus.

 

Johanna d’Arc of Mongolia

RÉALSIATRICE : Ulrike Ottinger

PAYS : Allemagne

LANGUES : allemand, français, mongole

Dans cette odyssée ethnographique ultime d’Ulrike Ottinger, un groupe de femmes voyageant en train est pris en otage par une princesse mongole.

Les wagons du Transsibérien n’ont jamais accueilli une troupe d’inconnus aussi théâtrale : l’ethnologue chic et mondaine Lady Windermere (Delphine Seyrig) parle plusieurs langues ; la star américaine de Broadway Fanny Ziegfeld (Gillian Scalici) menace sans cesse de se mettre à chanter ; le trio de cabaret russe des Kalinka Sisters se met sans cesse à chanter ; l’enseignante allemande réservée, Frau Müller-Vohwinkel (Irm Hermann), porte un regard discret mais curieux ; et Giovanna (Inés Sastre) est une jeune femme naïve qui n’a guère plus qu’un sac à dos, un baladeur et une soif d’aventure. Après avoir pris le Transmongolien, leur fantastique voyage en train prend un tournant radical lorsqu’un groupe de guerriers mongols à cheval, sous le commandement de la princesse Ulun Iga (Xu Re Huar), les emmène en captivité dans leur village nomade d’été. Là-bas, les femmes observent et tentent de s’adapter aux coutumes de leur nouvelle société.

Mettant en scène des acteurs occidentaux et des non-professionnels mongols, cette épopée d’Ulrike Ottinger, sortie en 1989, fut le premier long métrage autorisé à être tourné en Mongolie intérieure par une réalisatrice occidentale. Artiste d’une curiosité sans limite, qui allait peu après revenir filmer les habitants, l’environnement et les coutumes culturelles de cette région pour son documentaire de huit heures intitulé Taïga (1992), Ottinger a déclaré que Johanna d’Arc of Mongolia « ne cherche pas à créer une image exotique, mais à explorer la question du transfert culturel ». Dépeignant un choc éblouissant entre les traditions et un assemblage saisissant de couleurs et de costumes sur fond de paysages grandioses, ce chef-d’œuvre marque la dernière apparition à l’écran de Seyrig, avec qui elle avait souvent collaboré.

 

La Gradiva

RÉALISATRICE : Marine Atlan

PAYS : France, Italie

LANGUES : italien, français

Dans ce film lauréat du Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, des désirs refoulés éclatent parmi un groupe d’adolescents en visite dans les ruines de Pompéi.

Madame Mercier (Antonia Buresi, Rodeo, MIFF 2022), enseignante passionnée mais malmenée, accompagne vingt de ses élèves de Paris à Naples, où ils vont visiter les sites dévastés par le Vésuve il y a deux millénaires. Le fait de se retrouver confinés dans un espace restreint pendant une longue période exacerbe les dynamiques existantes entre les lycéens. L’exubérant Toni se languit de son meilleur ami James, qui se bécote avec sa camarade de classe Angela, elle-même contrariée par l’insensibilité masculine. Pendant ce temps, Suzanne, élève brillante mais mise à l’écart, observe et fantasme sur la manière dont elle pourrait se retrouver mêlée à tout cela. Entourés de scènes de calamité, les adolescents sont confrontés aux crises qui les habitent.

Inspiré de la nouvelle de Wilhelm Jensen, Gradiva : Une fantaisie pompéienne, et de l’analyse qu’en a faite Sigmund Freud, le premier long métrage poignant de la directrice de la photographie Marine Atlan, nominée aux César, est une œuvre rare qui met en scène les tourments de l’adolescence sans reprendre les clichés éculés sur les caprices ou la rébellion. En juxtaposant la nature éphémère de la jeunesse à l’intemporalité des ruines de Pompéi, Marine Atlan saisit également la tendance humaine à dissimuler ses émotions et leur éruption inévitable lorsque l’apparence et la réalité ne coïncident plus. Une photographie somptueuse, baignée de soleil, enrichit l’étude éclairante que le film fait de chaque personnage, tandis que les interprétations naturalistes d’une distribution révélatrice apportent authenticité et verve à ce récit visionnaire sur le passage à l’âge adulte.

 

Nostalgia for the Future

RÉALISATEUR : Brecht Debackere

PAYS : Belgique, Italie

LANGUES: anglais, français

Chris Marker était un cinéaste, un artiste et un écrivain aussi visionnaire qu’insaisissable. Il est aujourd’hui au cœur de ce documentaire qui puise dans ses vastes archives.

Chris Marker aimait se décrire comme « l’auteur le plus connu de films inconnus », mais c’est peut-être l’inverse qui est vrai. Aujourd’hui, ses œuvres suscitent une admiration généralisée, notamment La Jetée, son film de science-fiction à la fois vif et envoûtant, composé presque exclusivement d’images fixes (et qui a par la suite servi de base au film 12 Monkeys de Terry Gilliam), et Sans Soleil (MIFF 1983), ce récit de voyage existentiel qui a redéfini le film-essai. Mais Marker – l’un des nombreux pseudonymes qu’il a utilisés au cours de ses 91 ans – accordait très rarement des interviews ; réfractaire à la photographie, il utilisait souvent un dessin de son chat comme avatar.

Le décès du réalisateur en 2012 a laissé derrière lui 550 cartons d’archives. Associés à des extraits de son œuvre révolutionnaire, ces documents constituent la base du portrait approfondi mais nécessairement oblique que Brecht Debackere dresse de l’artiste – narré par Charlotte Rampling (Swimming Pool, MIFF 2003), cette actrice magistrale qui incarne ici une archiviste. En écho aux préoccupations de Marker, Nostalgia for the Future est une méditation sur la persistance insaisissable de la mémoire, tant personnelle que culturelle : un précieux souvenir pour les fans de longue date, et une introduction envoûtante pour tous ceux qui souhaitent percer le mystère de son sourire de Cheshire.

 

The Oligarch and The Art Dealer 

RÉALISATEUR : Andreas Dalsgaard

PAYS : États-unis, France, Danemark

LANGUES : anglais, français

L’histoire vraie de l’un des hommes les plus riches du monde et de l’une des plus grandes escroqueries du monde de l’art du XXIe siècle. Ou peut-être pas ?

Se déroulant comme un thriller hollywoodien, L’oligarque et le marchand d’art dévoile avec une précision exquise tous les détails sordides de l’affaire Bouvier : un procès très médiatisé opposant l’homme d’affaires russe Dmitry Rybolovlev, propriétaire notoirement discret de la collection d’art la plus chère au monde, à son ancien marchand d’art de confiance et ami Yves Bouvier, un maestro des ports francs – ces paradis fiscaux hors taxes qui servent de coffres-forts aux Picasso, Léonard de Vinci, Klimt et Magritte des ultra-riches. C’est une affaire qui a choqué le monde entier, notamment parce qu’elle a contraint Rybolovlev – un homme sans numéro de téléphone, sans adresse e-mail ni ordinateur – à sortir de l’ombre et a braqué les projecteurs sur les transactions clandestines et les secrets délibérés de l’élite mondiale.

Dans ce documentaire captivant, Andreas Dalsgaard se penche sur cette bataille qui a duré une décennie et qui a débuté lorsque Rybolovlev a accusé Bouvier d’une escroquerie d’un milliard de dollars, faisant voler en éclats la relation autrefois symbiotique qui avait permis aux deux hommes d’atteindre des sommets financiers stratosphériques. Abordant le scandale avec un regard rigoureux, L’oligarque et le marchand d’art permet à chacun des deux hommes de présenter ses arguments – Bouvier directement ; le insaisissable Rybolovlev par l’intermédiaire de ses avocats – et au public de tirer ses propres conclusions. Mais lorsque les enjeux sont aussi élevés, et que les sommes vertigineuses qui les sous-tendent le sont encore plus, peut-on se fier à la version de qui que ce soit ?

 

Palimpsest: The Story of a Name

RÉALISATRICE : Mary Stephen

PAYS : France, Taiwan, Hong Kong

LANGUES : anglais, français, mandarin, cantonais

À travers un regard postcolonial avisé, une cinéaste dont le nom occidental contraste avec ses origines chinoises dévoile les différentes facettes contradictoires de son histoire familiale.

« Toute ma vie, on m’a posé des questions sur mon nom de famille », se souvient Mary Stephen (Justocoeur, MIFF 1981). Elle est née à Hong Kong sous la domination britannique, fille de Hilda et Henry Stephen, connus respectivement dans leur jeunesse sous les noms de Chan Tik-Fong et Hilda Yik. À l’instar de leur fille cinéaste, ses deux parents avaient une fibre créative : elle écrivait de la poésie, tandis que lui était un cinéaste amateur passionné et tenait un journal, documentant de manière exhaustive leur vie familiale. En épluchant les archives de son père, Stephen, en tant que narratrice du film, met au jour toutes sortes d’histoires probablement invraisemblables – notamment l’affirmation selon laquelle son grand-père serait un autochtone australien – et s’interroge sur les mécanismes et les fonctions d’une telle mythification.

Avec ses parents, Stephen a émigré à Montréal à l’âge de 15 ans avant de s’installer à Paris, où elle s’est imposée comme monteuse de certains des films les plus appréciés d’Éric Rohmer, notamment Conte d’hiver et Conte d’été. Son œuvre de réalisatrice, restée largement méconnue pendant des décennies, a récemment connu un regain d’intérêt bien mérité grâce à la restauration de son premier film onirique de 1978, Shades of Silk (MIFF 2026). Le dernier film de Stephen, qui a remporté deux prix Golden Horse, s’impose comme un nouvel opus profondément personnel dans une œuvre consacrée à l’exploration de l’identité au-delà des frontières.

 

Paradise 

RÉALISATEUR : Jérémy Comte

PAYS : France, Ghana, Canada

LANGUES : anglais, français

Deux adolescents solitaires – l’un ghanéen, l’autre canadien – se retrouvent rapprochés de manière inattendue dans ce premier long métrage captivant d’un réalisateur lauréat du MIFF.

Enfant, Kojo n’aimait pas trop vendre du poisson au bord de la route avec son père. Après la disparition de ce dernier en mer, il comble ce vide en rejoignant les milieux louches d’Accra. Pendant ce temps, au Québec, Tony passe ses journées à faire du skateboard et à flâner avec ses amis. Il se languit en silence d’un père qu’il n’a jamais connu, tout en pesant sur sa mère Chantal, qui s’essaie aux rencontres en ligne. Au fil du temps, une série d’événements fortuits va mettre ces deux adolescents sur une trajectoire de collision qui changera leur vie à jamais.

Ce premier long métrage, présenté en avant-première à la Berlinale, du réalisateur Jérémy Comte – nominé aux Oscars et dont le film Fauve a remporté le prix du meilleur court-métrage au MIFF 2018 – est une œuvre aboutie qui dépeint à la fois les subtilités culturelles et la quête universelle d’appartenance propre à l’adolescence. Une intrigue minutieusement construite révèle avec délicatesse la fragilité qui se cache derrière les décisions frivoles des garçons, tandis que la photographie saisissante d’Olivier Gossot (qui a également signé les images de Fauve) et la bande originale envoûtante de Valentin Hadjadj (Close, MIFF 2022) viennent parachever un film atmosphérique et parfois onirique. Avec compassion et franchise, Jérémy Comte montre que le paradis est peut-être bien plus proche de chez nous qu’on ne le pense.

 

Past Future Continuous 

RÉALISATEURS : Morteza Ahmadvand, Firouzeh Khosrovani

PAYS : Iran, Italie, Norvège

LANGUES : anglais, français, arabe

Ce portrait nuancé, récompensé à l’IDFA, d’une famille iranienne longtemps séparée par la distance mais réunie grâce à la technologie, dégage une résonance aiguë et envoûtante.

À l’âge de 20 ans, Maryam a fui l’Iran dans le sillage de la révolution de 1979, traversant la frontière vers la Turquie camouflée au milieu d’un troupeau de moutons. Aujourd’hui en exil politique, elle réside aux États-Unis, tandis que ses parents vivent toujours dans la maison où elle a grandi, conçue par son père architecte. Souhaitant combler d’une manière ou d’une autre la distance qui les sépare, Maryam – qui n’apparaît pas à l’écran – a fait installer des caméras de surveillance dans leur maison : associées à des vidéos familiales en Super 8 et à des documents d’archives, ces images sans dialogue de ses parents vieillissants, se déplaçant dans la maison ou jouant parfois la comédie devant la caméra, illustrent sa voix off contemplative.

Morteza Ahmadvand et Firouzeh Khosrovani avaient déjà collaboré sur Radiograph of a Family (MIFF 2021), dans lequel Khosrovani explorait les répercussions de la Révolution iranienne à travers le prisme de sa propre histoire familiale. Past Future Continuous, cependant, se révèle peu à peu comme une œuvre plus complexe qu’un simple documentaire, oscillant de manière provocante entre faits historiques et fiction narrative – et, ce faisant, mettant en lumière la portée tragique et plus large de l’histoire du déplacement de Maryam pour les familles de l’Iran d’aujourd’hui.

 

Shades of Silk/Ombres de soie

RÉALISATRICE : Mary Stephen

PAYS : France, Canada

LANGUES: français, mandarin

Longtemps hors du circuit, ce récit évocateur et énigmatique sur le désir saphique dans le Shanghai des années 1930 – récemment restauré – a été salué comme une redécouverte majeure.

Lysanne et Marlène (cette dernière incarnée par la scénariste et réalisatrice Mary Stephen elle-même) étaient meilleures amies au lycée ; peut-être que, déjà à l’époque, leur lien reposait à la fois sur le désir et la crainte d’une plus grande intimité. Le temps a depuis séparé les deux femmes – toutes deux originaires de Shanghai, Lysanne vit désormais à Paris et Marlène dans le Massachusetts, où elle étudie à Wellesley –, mais elles se languissent toujours l’une de l’autre, chacune à sa manière et jusqu’à une issue tragique.

Le premier film de Stephen, à la fois sombre et onirique, réalisé avec une assurance remarquable alors qu’elle n’avait que 24 ans, a été conçu comme un contrepoint plein d’amour à India Song de Marguerite Duras, son récit interculturel similaire se déroulant quant à lui du point de vue d’une femme asiatique. Pendant des décennies, Stephen, née à Hong Kong, a surtout été connue pour son travail d’éditrice, mais la restauration en 2025 de ce joyau de 1978 a suscité une reconnaissance longtemps attendue pour son œuvre de réalisatrice, qui couvre la fiction et le documentaire et se caractérise par une exploration de l’identité coloniale et de la mémoire culturelle.

 

Super Nature

RÉALISATEUR : Ed Sayers

PAYS : Royaume-Uni

LANGUES : anglais, français, thaï, néerlandais, islandais, pendjabi

Réinventant le documentaire sur la nature, le format « à l’ancienne » du Super 8 offre une vision étonnamment impressionniste et pleine d’espoir de notre empreinte sur le monde.

Oubliez les caméras ultra-haute définition et les images hautement techniques. Entièrement composé d’images Super 8 tournées avec des caméras vintage dans 25 pays répartis sur les cinq continents, Super Nature offre une vision du monde étonnamment riche et magnifiquement « lo-fi », capturée par 40 cinéastes locaux bénévoles – dont les Australiens Oliver Birt, Caitlin Henderson et Fraser Johnston – qui ont filmé la nature proche qui leur parlait, en accompagnant leurs images de leurs réflexions sous forme de commentaires. Des macareux du Pays de Galles aux baleines de Patagonie, en passant par les chaînes de montagnes italiennes et les communautés autochtones brésiliennes, Super Nature est une lettre d’amour mondiale adressée à la nature, écrite avec toutes les nuances du cœur humain.

C’est un témoignage de la passion de toute une vie d’Ed Sayers pour le Super 8 qu’il ait pu façonner un récit aussi cohérent à partir de ces vignettes disparates, tournées aussi bien par des passionnés de Super 8 que par des biologistes, des défenseurs de la nature et des militants écologistes. Le cinéaste oscarisé Asif Kapadia (Amy ; Senna, MIFF 2011) a partagé cette vision ; tellement inspiré par le projet de Sayers, il s’est associé au film en tant que producteur exécutif. Malgré les défis évidents auxquels notre planète est confrontée, Super Nature est empreint de compassion et d’espoir pour son avenir, nous reconnectant à notre monde grâce à l’intimité nostalgique et à l’immédiateté vibrante de son format.

 

Tina Arena: Unravel me 

RÉALISATEUR : Adrian Russell Wills

PAYS : Australie

LANGUES : anglais, italien, français

Comment distinguer une icône de la musique australienne née à Melbourne et star cosmopolite d’une femme pleine de résilience ? Suivez le fil de son histoire, racontée avec ses propres mots.

Tina Arena travaille dans le monde de la musique depuis 50 ans ; avec 25 albums à son actif, elle a connu suffisamment d’époques pour faire pâlir d’envie d’autres stars de la pop. Née dans la banlieue de Melbourne de parents siciliens, Filippina Arena est devenue la coqueluche de l’Australie en 1976, à l’âge de huit ans, dans l’émission de variétés « Young Talent Time », diffusée en première partie de soirée sur Channel Ten. Son single pop « I Need Your Body », qui l’a révélée en 1990, a rejeté avec audace le personnage de « Tiny Tina », et elle a ensuite enchaîné les succès dans les années 90… mais le doute de soi, la misogynie et le syndrome du clou qui dépasse l’ont poussée à se réinventer à plusieurs reprises au Royaume-Uni et en France : en montant sur scène, en recherchant des collaborations audacieuses et en chantant en italien, en français et en espagnol.

Derrière Tina, la chanteuse de ballades puissantes et icône queer, se cache la femme que sa famille appelle encore Pina. Ce documentaire en première mondiale d’Adrian Russell Wills (Kindred, MIFF 2023) met à nu son intimité, entre vulnérabilité et ténacité, lors d’un entretien candide et d’une ironie mordante. On retrouve également, dans des interviews récentes et d’archives, les deux sœurs de Tina, son mentor Johnny Young, ainsi que des collaborateurs et admirateurs tels que Céline Dion, Marc Anthony, Ronan Keating, Jessica Mauboy, et Jessica et Lisa Origliasso du groupe The Veronicas. En se livrant sans réserve, Tina montre de manière émouvante comment la musique l’a façonnée et a guéri ses blessures.

 

Tristan Forever 

RÉALISATEURS : Loran Bonnardot, Tobias Nölle

PAYS : Suisse

LANGUES : anglais, français

Un médecin parisien en pleine crise de surmenage se rend sur une île ultra-isolée de l’Atlantique Sud, peuplée de manchots, en quête d’isolement, de salut et peut-être même d’amour.

Tristan da Cunha est le lieu habité le plus isolé au monde. Ce petit îlot volcanique de l’Atlantique Sud, situé à mi-chemin entre l’Argentine et l’Afrique du Sud, n’accueille que six à huit bateaux par an, et ses quelque 230 habitants sont largement surpassés en nombre par les manchots. Loran Bonnardot, un médecin parisien blasé ayant consacré sa vie à Médecins Sans Frontières, se rend à Tristan depuis 30 ans ; aujourd’hui, il espère s’y installer définitivement pour échapper au rythme effréné de la vie du XXIe siècle. Tandis que Bonnardot explore la nature sauvage de l’île et tente de s’intégrer à sa communauté, il attend l’accord pour obtenir le statut de résident permanent.

Le cinéaste suisse Tobias Nölle s’est fait connaître pour ses longs métrages narratifs expérimentaux et envoûtants, de Aloys – film phare de la Berlinale 2016 – à Preparations for a Miracle, parabole de science-fiction de 2024. Ici, en collaboration avec Bonnardot à la réalisation, Nölle met en scène un film onirique et méditatif qui brouille les frontières entre ethnographie, documentaire et fantastique. Grâce à une photographie qui donne vie de manière évocatrice aux paysages de Tristan da Cunha, ce film est une étude calme et contemplative des plaisirs et des dangers de l’isolement – le film idéal pour tous ceux qui aiment l’exploration ou qui aspirent à s’évader.

Des performances primées à Cannes et des drames récompensés aux restaurations rares et aux documentaires aux thèmes variés, ces films multilingues mettent en lumière le dialogue entre le français et les langues, les cultures et les traditions cinématographiques du monde entier. Ensemble, ils constituent une sélection riche et variée à découvrir lors du Melbourne International Film Festival 2026.

 

INFOS CLÉS POUR LE MELBOURNE INTERNATIONAL FILM FESTIVAL 2026

QUOI : Melbourne International Film Festival 2026

OÙ : Divers lieux à Melbourne

QUAND : 6-23 août 2026

COMMENT ET COMBIEN :

BILLET SIMPLES

Les billets à l’unité sont proposés aux tarifs suivants et peuvent être achetés via les liens ci-dessus :

  • Plein tarif : 28,55 $
  • Plein tarif hors heures de pointe : 24,85 $
  • Tarif réduit : 25,70 $
  • Tarif réduit hors heures de pointe : 22,40 $

 

LES MULTIPASS

Les multipass peuvent être partagés entre amis ; ainsi, si vous y allez à plusieurs, vous pouvez tout de même bénéficier des tarifs réduits.

 

Multipass 3 films

  • Plein tarif : 81,40 $
  • Tarif réduit : 73,30 $,
  • Membre du MIFF : 69,20 $

 

Multipass 6

  • Plein tarif : 154,20 $,
  • Tarif réduit : 138 $,
  • Membre du MIFF : 131 $

 

Multipass 12

  • Plein tarif : 291,30 $,
  • Tarif réduit : 262,20 $,
  • Membre du MIFF : 247,70 $

Vous pouvez acheter votre Multipass ici

 

FESTIVAL PASSPORT/ ABONNEMENT DELUXE

Réservez un billet individuel pour chaque séance standard du festival – offre réservée aux membres « Deluxe ». Achetez votre abonnement « Deluxe » au prix de 700 $ ici.

 

ABONNEMENT MIFF

Les tarifs d’adhésion sont les suivants :

  • Adhésion plein tarif : 80 $
  • Tarif réduit : 70 $, et
  • moins de 26 ans : 26 $

Vous pouvez souscrire à l’adhésion au MIFF ici

Quels films avez-vous hâte de découvrir au Melbourne International Film Festival 2026 ?

 

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Matilda Marseillaise

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