Le directeur artistique et chef d’orchestre Dane Lam est à la tête créative d’une coproduction internationale historique de La Flûte enchantée de Mozart qui réunit le State Opera South Australia avec des partenaires de Hong Kong et de Pékin. Dans cet entretien, Dane Lam nous parle de la fusion de diverses traditions artistiques, de sa collaboration avec le metteur en scène Shuang Zou, et de la façon dont cette nouvelle réinvention s’adresse avec force aux nouveaux publics comme aux plus aguerris. Son double rôle met en lumière une vision artistique dynamique qui respecte l’héritage de l’opéra tout en adoptant une perspective mondiale audacieuse grâce à l’initiative « Opéra sans frontières » de la compagnie.

LA CASQUETTE DE DIRECTEUR ARTISTIQUE
Dane Lam, vous portez deux casquettes pour le State Opera of South Australia et mes questions portent sur chacune d’entre elles. En commençant par la casquette de directeur artistique, comment cette coproduction avec l’Opéra de Hong Kong et le Festival de musique de Pékin a-t-elle vu le jour ?
Cette coproduction est née de conversations entre l’Opera Hong Kong, le Beijing Music Festival et le State Opera South Australia – trois organisations désireuses d’explorer de nouveaux échanges artistiques et d’étendre la portée de l’opéra dans la région Asie-Pacifique. Il s’agissait d’un alignement naturel de la vision et de l’opportunité.
Parlez-nous du processus de collaboration avec le metteur en scène chinois Shuang Zou.
Shuang apporte à l’œuvre une sensibilité cinématographique et un langage visuel distinctif. Notre collaboration s’est fondée sur une confiance mutuelle et un désir commun de réimaginer La flûte enchantée d’une manière nouvelle et audacieuse qui résonne à travers les cultures.
Pourquoi avez-vous décidé de monter La flûte enchantée ?
La flûte enchantée est le premier opéra de beaucoup de gens – et pour de bonnes raisons. C’est un opéra divertissant, édifiant, profondément philosophique et rempli d’une musique inoubliable. Nous voulions créer une production qui embrasse ces qualités tout en s’adressant à un public contemporain.
Comment espérez-vous que cette production trouve un écho auprès du public contemporain, en particulier auprès de ceux qui découvrent l’opéra ?
Cette mise en scène est fraîche, visuellement dynamique et émotionnellement accessible. La saison de Hong Kong a attiré de nombreux spectateurs qui découvraient l’opéra pour la première fois, et nous sommes ravis d’offrir au public d’Adélaïde le même sentiment de découverte et d’ouverture.
De même, comment cette production incarne-t-elle votre initiative « Opéra sans frontières », qui vise à rendre l’opéra plus accessible et à lui donner une résonance mondiale ?
L’objectif d’Opéra sans frontières est de rendre l’opéra accessible à tous – culturellement, géographiquement et artistiquement. Ce projet reflète cette volonté en réunissant des artistes et des publics de trois pays, en mélangeant les traditions et en adoptant de nouvelles esthétiques sans compromettre la rigueur artistique.
Comment votre vision artistique a-t-elle évolué depuis que vous avez pris le poste de directeur artistique du State Opera South Australia ?
Je suis devenu encore plus passionné par le fait de raconter des histoires universelles à travers un prisme local – et de veiller à ce que nos scènes reflètent le monde global dans lequel nous vivons. Nous construisons des ponts, pas des murs, et nous élargissons la représentation de l’opéra.

LA CASQUETTE DE CHEF D’ORCHESTRE
Passons maintenant à votre casquette de chef d’orchestre : Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus à l’idée de diriger La flûte enchantée, et comment abordez-vous le mélange unique de comédie, de drame et de philosophie de Mozart dans cette œuvre ?
Il n’y a rien de tel que l’équilibre entre légèreté et profondeur chez Mozart. En tant que chef d’orchestre, c’est une joie de guider l’orchestre à travers ces contrastes – en maintenant l’éclat tout en ne perdant jamais de vue la gravité morale et émotionnelle de l’opéra.
Comment concilier les exigences techniques de la partition avec la nécessité de soutenir les chanteurs et l’intention dramatique de la production ?
Mozart exige précision et légèreté, mais aussi générosité. Mon travail consiste à façonner la musique de manière à ce qu’elle soutienne les chanteurs et s’aligne sur la vision du metteur en scène, tout en conservant l’architecture élégante de la partition.
Votre interprétation de cet opéra s’appuie-t-elle sur des influences ou des traditions internationales particulières ?
Absolument – je m’inspire des traditions européennes en matière d’interprétation, en particulier celles de Vienne et de Berlin. Mais je m’inspire également du contexte de l’Asie-Pacifique, qui encourage une perspective plus large et plus souple sur la façon dont l’opéra peut évoluer.
Comment collaborez-vous avec le metteur en scène et les acteurs pour faire ressortir la magie et l’humour de l’histoire tout en respectant ses thèmes profonds ?
C’est un dialogue continu. Shuang et moi avons travaillé en étroite collaboration dès le début pour nous assurer que le rythme et le ton de la production servaient à la fois la comédie et le symbolisme. Cette synergie se poursuit tout au long des répétitions avec la troupe et l’orchestre.
Quels sont les plus grands défis à relever dans la préparation de l’orchestre pour La Flûte enchantée, notamment en termes de rythme et de style ?
L’une des grandes joies – et l’un des grands défis – est de maintenir l’élan de l’opéra. Le rythme doit se faire sans effort, tout en assurant des transitions fluides et organiques entre la musique et les dialogues parlés.
Avez-vous intégré des éléments des traditions d’interprétation européennes dans votre approche de cet opéra ?
Oui, surtout en ce qui concerne le phrasé, l’articulation et l’ornementation. Mais je crois aussi que les traditions doivent nous informer, et non nous limiter. Chaque représentation doit répondre à l’époque, au lieu et aux personnes concernées.

La Flûte enchantée comporte des liens français surprenants… Dans quelle mesure les inspirations ou les sources utilisées pour écrire la partition et le livret influencent-elles votre interprétation ?
Connaître le contexte du Siècle des Lumières – y compris les influences littéraires et maçonniques françaises – approfondit certainement ma compréhension. Cela enrichit la façon dont nous abordons les rituels, les épreuves et le symbolisme contenus dans la partition et l’histoire.
Y a-t-il des moments spécifiques de la partition que vous trouvez particulièrement gratifiants ou difficiles à diriger ?
Les arias de la Reine de la nuit sont passionnantes à diriger – c’est une pure prouesse technique. Mais le finale de l’acte 2, avec ses couches de résolution morale et de splendeur harmonique, est tout aussi gratifiant.
Comment s’assurer que les éléments du Singspiel – le dialogue parlé et la musique – se déroulent sans heurt pour le public ?
C’est là que le timing et la confiance mutuelle entre la troupe et le chef d’orchestre sont essentiels. Nous travaillons en étroite collaboration pour que les transitions soient naturelles, jamais brutales, afin que le public reste immergé dans le monde.
Qu’espérez-vous que le public éprouve ou ressente pendant le spectacle ?
J’espère qu’il se sentira transporté – émotionnellement, visuellement, spirituellement. À son meilleur, l’opéra ouvre votre cœur tout en éblouissant vos sens. C’est exactement ce que vise cette Flûte enchantée.
Qu’est-ce que cela signifie pour le State Opera South Australia de faire partie d’une coproduction internationale aussi importante entre des institutions d’opéra australiennes et chinoises ?
C’est une étape importante pour nous. Cela démontre que le State Opera peut opérer sur la scène mondiale, et que les partenariats artistiques significatifs ne sont pas limités par la géographie.
Comment cette collaboration entre des institutions d’opéra australiennes et chinoises influence-t-elle la vision artistique et l’exécution de La Flûte enchantée ?
Elle apporte de nouveaux langages visuels, de nouvelles perspectives culturelles et de nouvelles méthodes de travail. Cette diversité a rendu la production plus riche, plus complexe et plus pertinente.
Quels sont les défis et les avantages d’une coproduction d’une telle ampleur, où l’on travaille avec des cultures et des langues différentes ?
Il y a toujours des obstacles logistiques – fuseaux horaires, traduction, logistique des répétitions – mais les avantages l’emportent largement. On acquiert de nouvelles connaissances et on crée des liens durables par-delà les frontières.

Comment espérez-vous que les publics d’Adélaïde, de Hong Kong et de Pékin réagiront différemment à cette production, et qu’espèrent-ils en retirer ?
Chaque ville apporte son propre éclairage culturel, mais le cœur de l’histoire – l’amour, la sagesse, la transformation – est universel. J’espère que chaque spectateur verra quelque chose de lui-même dans cette production de La flûte enchantée.
La production a été présentée pour la première fois à Hong Kong il y a quelques mois. Des changements ont-ils été apportés depuis cette première ?
Nous avons adapté certains éléments pour qu’ils conviennent à la nouvelle salle et aux interprètes locaux. C’est ce qui fait la beauté de l’opéra : chaque saison est une chose vivante, affinée par chaque nouveau contexte.
Comment voyez-vous cette coproduction contribuer à la mission plus large d’« Opéra sans frontières » et à la vision globale de la compagnie ?
C’est une expression parfaite de cette mission. Nous montrons que l’opéra peut parler à travers les langues, les cultures et les générations – et que le State Opera South Australia est fier de mener cette conversation.
Autre chose ?
Seulement que cette Flûte enchantée s’adresse à tout le monde – aux nouveaux venus à l’opéra, aux puristes, aux enfants et aux grands-parents. Nous y avons mis tout notre cœur et nous sommes impatients de la partager avec Adélaïde.
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Nous remercions Dane Lam pour cet entretien et attendons avec impatience de voir La Flûte enchantée à Adélaïde.

INFOS CLÉS POUR LA FLÛTE ENCHANTÉE
QUOI : La Flûte enchantée de Mozart, une collaboration entre le State Opera South Australia, l’Opera Hong Kong et le Beijing Music Festival.
OÙ : Her Majesty’s Theatre, 58 Grote St, ADELAIDE
QUAND : 4 représentations seulement :
- jeudi 28 août 2025, 19h30
- samedi 30 août 2025, 19h30
- jeudi 4 septembre 2025, 19h30
- samedi 6 septembre 2025, 14h00
COÛT : Les prix des billets sont les suivants :
- Premium : 189 $
- Réserve A : Adulte 149 $, Concession 134 $
- Réserve B : Adulte 119 $, Concession 107 $
- Réserve C : Adulte 79 $, Concession 71 $
- Moins de 30 ans : 35
COMMENT : Achetez vos billets par ici
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Vous pouvez également lire notre entretien avec Mark Taylor, directeur exécutif du State Opera South Australia ADD LINK
