La production de la comédie musicale Into the Woods de Sondheim et Lapine, présentée par le State Opera South Australia, est une aventure déjantée et pleine d’esprit qui bouleverse tous vos contes de fées et s’interroge sur la véracité du « ils vécurent heureux pour toujours ». Au cœur de l’histoire se trouvent un boulanger et sa femme, incapables d’avoir des enfants à cause d’une malédiction lancée par une sorcière sur sa famille. Autour d’eux tourbillonnent des contes familiers : Cendrillon, Le Petit Chaperon rouge, Jack et le haricot magique, Raiponce, avec des clins d’œil à La Belle au bois dormant et Blanche-Neige.

Et si le fait que Cendrillon rencontre son prince ne signifiait pas qu’elle serait heureuse pour toujours ? Et si le géant au sommet du haricot magique, tué par Jack, avait une femme revenue pour se venger ? Et si le Petit Chaperon rouge prenait goût à tuer des loups ? Et que ou qui seriez-vous prêt à sacrifier pour réaliser vos rêves et vous sauver vous-même ?
Le scénario regorge d’action ; le résumé occupe quatre pages entières du programme. À titre de comparaison, celui de Hansel et Gretel n’en remplissait même pas une. Si vous ne connaissiez pas le principe d’Into the Woods, on pourrait vous pardonner de penser que le spectacle était terminé à l’entracte, après tout, chacun avait obtenu ce qu’il souhaitait.
Si Hugh Sheridan est sans doute à l’affiche d’Into the Woods dans le rôle du Boulanger, la comédie musicale compte de nombreuses stars au sein de sa distribution entièrement sud-australienne. Johanna Allen enchante dans le rôle de la Femme du Boulanger, démontrant à la fois ses talents d’actrice et de chanteuse dans un rôle mêlant chagrin et désir ardent (d’avoir un enfant) et une bonne pincée d’humour. Que ce soit ses tentatives pour discuter avec Cendrillon (interprétée par Jessica Dean) au sujet du prince et du bal – où elle doit sans cesse demander « Et alors ? » pour que Cendrillon lui dise quoi que ce soit –, ou cette réplique : « C’est ridicule. Qu’est-ce que je fais ici ? Je me suis trompée d’histoire », lorsqu’elle rencontre le prince de Cendrillon dans les bois.

Rosie Hosking est impressionnante dans le rôle de la sorcière, notamment dans sa chanson d’ouverture « Witch’s Entrance », où elle passe du parlé au chant et d’un ton grave à un ton enjoué en quelques secondes. Une réplique qui nous reste en tête est :
“But I’m telling you the same I tell kings and queens:
don’t ever, ever, ever mess around with my greens
— especially the beans!”.
(« Mais je vous dis la même chose que je dis aux rois et aux reines : ne touchez jamais, jamais, jamais à mes légumes verts — surtout pas aux haricots ! »)
Hosking fait également preuve d’une vulnérabilité surprenante dans « Stay with Me », qu’elle chante à Raiponce, libérée de la tour où elle était emprisonnée.

Crédit photo : Andrew Beveridge pour le State Opera South Australia
Les deux frères Prince nous font beaucoup rire avec leurs poses et leurs galops sur des chevaux imaginaires pour quitter la scène. Nicholas Cannon, dans le rôle du prince de Cendrillon (et qui incarne également le Loup), et Andrew Crispe (dans celui du prince de Raiponce – même si elle ne le sait pas encore) dépeignent de manière crédible la rivalité et les chamailleries entre frères, allant même jusqu’à se disputer pour savoir qui souffre le plus dans « Agony » : Agony! Far more painful than yours (« Agony ! Bien plus douloureux que le tien ».) Dans sa scène et sa chanson avec Johanna Allen, Moments in the Woods, Nicholas Cannon incarne à la perfection le prince qui tente de séduire la femme du boulanger et de justifier son infidélité, tout en créant un sentiment d’urgence et d’impulsivité :
“Right and wrong don’t matter in the woods,
Only feelings.”
(« Le bien et le mal n’ont pas d’importance dans les bois,
seuls comptent les sentiments. »)
Il y a beaucoup d’humour dans Into the Woods et chacun des artistes de la distribution fait preuve de ses talents comiques. Le quatrième mur est souvent brisé, notamment par le narrateur qui est tantôt simplement le narrateur, tantôt un « homme mystérieux ». Nicholas Lester nous a rappelé Tim Minchin dans ces rôles. Le Petit Chaperon rouge, incarné par Eliza Brill Reed, âgée de seulement 17 ans, fait preuve d’une sagesse sombre après sa rencontre avec le loup, et nous divertit lorsqu’elle se transforme en vigilante armée d’un couteau, revêtant la fourrure du loup comme une nouvelle cape. Les demi-sœurs de Cendrillon, bien que ce soient des rôles mineurs, sont interprétées avec brio par Eleanor Brasted dans le rôle de Lucinda et Michaela Burger dans celui de Florinda. Elles frôlent la caricature, que ce soit par leurs immenses pantalons bouffants ou leurs tentatives infructueuses pour enfiler la pantoufle.

Crédit photo : Andrew Beveridge pour le State Opera South Australia
Cela fait plusieurs années qu’Into the Woods n’avait pas été présenté sur une grande scène d’Adélaïde dans une production d’une telle envergure. La Gilbert and Sullivan Society of SA avait présenté Into the Woods à l’Arts Theatre en septembre 2022 ; la Northern Light Theatre Company au Shedley Theatre en 2012 ; et Matt Byrne Media au Mayfair Theatre, aujourd’hui rebaptisé Goodwood Theatre & Studios, en 2002. Le State Opera South Australia a inscrit la comédie musicale de Sondheim, Into the Woods à son programme pour célébrer son 50e anniversaire.
Ayant vu Hansel et Gretel dans ce même théâtre la soirée précédente, et m’étant alors demandé comment ils parvenaient à faire entrer, sortir puis rentrer à nouveau les décors entre les deux productions qui se succèdent, j’ai trouvé la réponse en assistant à Into the Woods. La scénographie de Jonathon Oxlade a été astucieusement conçue pour servir aux deux spectacles. La forêt représentée par des arbres au centre de la scène reste en place pour les deux spectacles. Le mur qui descendait sur la scène pour piéger Hansel et Gretel dans la maison de la sorcière constitue désormais la paroi arrière des trois maisons voisines où vivent Cendrillon, le boulanger et sa femme, ainsi que Jack et sa mère.

Lorsque la femme du géant apparaît dans le ciel, grâce à la projection d’un globe oculaire au-dessus de la scène, le théâtre tremble sous l’effet d’un son retentissant, tel un coup de tonnerre annonçant sa colère. Le concepteur sonore Jamie Mensforth a créé une ambiance sonore immersive qui nous fait passer du simple statut de spectateurs à celui de personnes se trouvant sur le chemin du géant. Cherie Boogaart nous terrifie à juste titre dans le rôle de la femme du géant.
L’’Adelaide Symphony Orchestra, sous la direction musicale d’Anthony Hunt, permet au public de trouver l’équilibre entre l’appréciation de la partition dans la fosse et le chant sur scène. Mise en scène par Constantine Costi, la production d’Into the Woods du State Opera South Australia est une délicieuse escapade hors des chemins battus des contes de fées. Elle fait son effet parce qu’elle trouve le juste équilibre entre une comédie pétillante et des enjeux réels, et parce que la distribution entièrement sud-australienne, la direction musicale d’Anthony Hunt et l’équipe de conception Oxlade/Mensforth confèrent à la partition et à l’histoire un caractère immédiat et dangereux. Il ne reste plus que trois représentations. Nous vous suggérons de vous précipiter, sans hésiter, vers Into the Woods.
![]()
5 CROISSANTS
Matilda Marseillaise était invitée du State Opera South Australia
INFOS CLÉS POUR INTO THE WOODS
QUOI : Into the Woods
OÙ : Her Majesty’s Theatre, ADELAIDE
QUAND : Il ne reste que 3 representations :
- 19h30 mercredi 26 août;
- 19h30 vendredi 28 août; et
- 13h samedi 29 août 2026
COMMENT : Achetez vos billets par ce lien
COMBIEN : De 79 $ jusqu’à Premium pour 199 $ .
—
Lisez notre interview avec Johanna Allen qui incarne la Femme du Boulanger dans Into the Woods
