Valérie Henbest transformera la dégustation en expérience sensorielle avec Illuminate After Dark demain soir

Valérie Henbest, lluminate After Dark
Reading Time: 18 minutes

Dans Illuminate After Dark, Valérie Henbest propose bien plus qu’une simple dégustation. Elle imagine une expérience immersive où le fromage, le champagne, les huîtres, le caviar et la musique se rencontrent pour créer un moment à la fois raffiné, sensoriel et profondément mémorable.

Valérie Henbest, lluminate After Dark
Photo : Morgan Sette

Fondatrice de Smelly Cheese, Valérie Henbest a bâti son parcours sur une idée simple mais essentielle : les grands produits racontent toujours une histoire. Née en Normandie et installée depuis de longues années en Australie, elle a transformé sa passion du fromage en une véritable philosophie du goût, fondée sur le temps, le terroir, le savoir-faire et le plaisir de ralentir. Avec cet évènement présenté dans le cadre d’Illuminate Adelaide, elle invite le public à vivre la dégustation autrement. Plus qu’un accord de saveurs, c’est une célébration de la curiosité, de la beauté et des sens, pensée pour laisser une empreinte durable bien après la dernière bouchée et la dernière note de musique. Lisez notre interview avec Valérie Henbest ci-dessous.

 

Valérie, vous êtes née et vous avez grandi en Normandie, patrie du camembert et vous avez passé maintenant la moitié de votre vie en Australie. Comment avez-vous d’abord découvert le fromage? Et qu’est-ce qui vous a conduit d’amateurs de fromages en France à créer Smelly Cheese ici en Australie?

C’est vraiment une longue histoire, mais en fait quand je suis arrivée, je suis vraiment tombée amoureuse d’un Australien et de l’Australie. C’était tellement un rêve pour moi. Tout était beau. Je vivais à Paris à l’époque et c’était difficile. Et donc arrivée à Adélaïde, c’était un énorme choc culturel, mais en même temps quelque chose de positif. Et la seule chose qui, de toute évidence, a commencé à manquer assez vite, c’est le fromage parce qu’il y a 30 ans, il n’y avait pas autant de fromages australiens qu’il y a aujourd’hui.

 

Donc je me suis dit si je veux vivre ici heureuse et longtemps, j’ai besoin de trouver une solution et de trouver le fromage qui va me rendre heureuse. Ça et le pain d’ailleurs parce que le pain, c’est pareil. Je suis allée à mon premier barbecue australien ; j’ai cru mourir avec le pain carré blanc qui ne ressemble à rien du tout. Donc voilà, je me suis donnée une mission – la mission de faire venir en Australie des fromages qui ont une histoire, qui ont des traditions, qui ont des cultures et qui ont une place à jouer en Australie. Il me semblait en tout cas que les Australiens avaient ce sens de la curiosité.

 

je me suis dit si je veux vivre ici heureuse et longtemps, j’ai besoin de trouver une solution et de trouver le fromage qui va me rendre heureuse

 

C’était un petit peu comme être au bon endroit au bon moment. Je suis retournée donc en Normandie. J’ai commencé avec le camembert bien évidemment, parce qu’avant le camembert venait par bateau et il n’était jamais comme je l’aime, il était toujours trop fait. Donc j’ai fait commencer par du camembert que j’ai fait venir par avion. J’ai fait venir des pâtes molles par avion. Ça a changé beaucoup la donne parce qu’entre un camembert qui passe 60 ou 70 jours sur l’eau dans un bateau ou un camembert qui vient en 48 h, c’est vraiment une grosse différence en termes de qualité.

 

Et une chose a mené à l’autre. Et en fait, je me suis retrouvée à visiter la France que je ne connaissais pas si bien finalement, à travers la production de fromages. Et c’était évident qu’il fallait que j’aille aussi en Italie, en Espagne, en Suisse et j’ai vraiment exploré la culture fromagère petit à petit dans toute l’Europe.

 

Et assez rapidement finalement, je suis allée aussi aux États-Unis parce qu’il y a une très belle production de fromage aussi artisanal aux États-Unis et parce que finalement on connaît peu le fromage américain. Mais il y a aussi une différence entre le fromage orange qu’on retrouve dans les hamburgers et les bons fromages artisanaux, qui sont aussi créés comme ils sont créés aujourd’hui en Australie. D’ailleurs, on grandit à peu près à la même vitesse – ils ont plus de moyens financiers aux États Unis mais il y a une très, très intéressante production artisanale de fromage aux États Unis.

 

Donc voilà, c’est un peu l’histoire. Mais avant d’arriver en Australie, je n’étais pas du tout dans le fromage.

 

Ok, mais que faisiez- vous en France avant de venir en Australie ?

En France, j’étais dans le monde du cinéma et des relations publiques. Je travaillais dans tous les festivals de film : Deauville, Avoriaz, Cannes, Cognac. Toute l’année. il y a des festivals de films. Je faisais la promotion de ces festivals, de ces films. Donc, j’étais vraiment beaucoup dans la communication.

 

Je crois que ce qui fait le succès de Smelly, c’est beaucoup le fait qu’on est plus qu’un vendeur de fromage. On est aussi des vendeurs d’histoires, des vendeurs de culture. Le fromage vient avec un terroir, avec une culture, avec des traditions. Et c’est ça que je veux qu’on s’applique à offrir aux clients qui viennent nous voir. Et je pense que les gens répondent très bien à ce genre. Tout le monde aime une bonne histoire.

 

Je crois que ce qui fait le succès de Smelly, c’est beaucoup le fait qu’on est plus qu’un vendeur de fromage. On est aussi des vendeurs d’histoires, des vendeurs de culture.

 

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour réunir fromage, champagne, huîtres et caviar dans un seul cours de maître pour Illuminate Adélaïde?

Ça, c’est pour moi une vraie découverte comme beaucoup de choses. Donc après le fromage, je me suis bien évidemment concentré sur le vin qui allait avec. Et là, pour le coup, l’Australie, on était bien plus en avance avec le vin qu’on ne l’était avec le fromage. Donc il y avait déjà des très, très bons vins. Et donc je me suis rapproché du monde du vin. Mais, et bien évidemment, le champagne, c’est mon petit péché mignon. Et pour moi, il n’y a rien de mieux qu’un accord fromage champagne. Donc c’était évident qu’il fallait que je me rapproche des producteurs de champagne.

 

Mais récemment, une personne est venue me rendre visite à Adélaïde. Cette personne, c’est Guy de Saint Laurent, qui est le directeur général de Les Caviar Sturia qui est une des trois de caviar en France mais la plus réputée, avec vraiment une philosophie de production excellente. Et il est venu avec ces boîtes de caviar et il m’a dit «est-ce que ça vous intéresse de vendre du caviar ?» Et moi, très honnêtement, je me suis dit caviar, fromage, je ne suis pas sûre quand même. Et en fait il m’a dit «est ce que je peux te montrer quelque chose ?» Et pour faire une histoire courte, il m’a demandé une burrata, un petit fromage italien avec mozzarella, avec de la crème à l’intérieur. Il l’a ouverte en deux, il a mis un petit filet d’huile d’olive et il a mis une petite cuillère à dessert de caviar dessus et il me l’a offert. Il m’a dit « Vas y mets ça dans la bouche.»

 

Et je suis tombée à la renverse. Et c’était pour moi une découverte, un accord merveilleux avec un fromage crémeux, un petit peu sucré, la tendresse du fromage. C’est un fromage de vache et une mozzarella burrata au fromage de vache. Donc il y avait un petit peu cette crème, cette douceur du lait avec la minéralité. Si tu n’as jamais mis de caviar dans ta bouche, c’est difficile à comprendre, mais c’est une explosion de minéralité et de fraîcheur. C’était hallucinant, c’était vraiment une expérience géniale. Je ne m’y attendais tellement pas, Ça m’a vraiment surpris. Je me suis dit « oui, ça c’est évident, ça marche!» Il a fait la même chose avec un triple crème. Et effectivement, quand tu y penses, la minéralité du caviar, c’est aussi la minéralité que tu retrouves dans le champagne.

 

effectivement, quand tu y penses, la minéralité du caviar, c’est aussi la minéralité que tu retrouves dans le champagne.

 

Et dans le vin.

Et dans le vin. Et en fait, quand tu penses à un accord, tu as besoin de ces éléments et tu les retrouves dans des éléments vivants comme le caviar, comme le champagne, le fromage, tout ça. Tous ces éléments parlent les uns aux autres et ils se marient formidablement. Et je me suis dit oui, c’est évident. Et de toute façon, je pense qu’avec Smelly, on a un petit peu cette approche de dire  OK, on s’est des produits traditionnels, des produits luxes, parce qu’effectivement le caviar, c’est relativement cher, mais je pars du principe que quand un produit est bon, tu n’en as pas besoin de énormément pour te sentir satisfait. Donc c’est acheté moins mais mieux. Et quand tu comprends ce qui va te faire plaisir, et bien cet accord, le fromage, le caviar et le champagne, et bien moi ça m’a fait exploser la tête et donc j’ai mis ça à mon programme.

 

quand tu penses à un accord, et bien tu as besoin de ces éléments et tu les retrouves dans des éléments vivants comme le caviar, comme le champagne, le fromage, tout ça. Tous ces éléments parlent les uns aux autres et ils se marient formidablement.

 

La première classe que j’ai faite, donc avec Guy de Saint Laurent, je me suis dit «je vais préparer ça, je vais le vendre à 12 places » histoire de voir. Et bien 25 se sont inscrits. Et quand Guy il m’a dit « tu penses que ça va être quoi comme âge et comme socio-économique ?»  Je dis j’ai aucune idée. Et bien ce sont les jeunes entre 35 et 45 ans qui sont venus et qui ont adoré. C’est comme si cette jeune génération est beaucoup plus intéressée par les produits qu’ils mangent, leur provenance, etc.

 

le caviar, c’est relativement cher, mais je pars du principe que quand un produit est bon, tu n’en as pas besoin de énormément pour te sentir satisfait. Donc c’est acheté moins mais mieux.

 

J’ai proposé depuis, donc cette année, pour la première fois, le programme champagne, caviar, fromage au Good Food and Wine Show qui a lieu partout en Australie. Ces classes se vendent plus cher; c’est normal, le produit est cher. Je fais des classes de 50 personnes, les classes sont pleines et dans mes classes, je cherche encore les baby-boomers parce que c’est davantage une des jeunes qui sont intéressés à ces accords. Et ça, je trouve ça sidérant, mais je trouve ça formidable aussi.

 

C’est intéressant. Et pour Illuminate Adelaide, là-dessus, tu vas ajouter les huîtres à ces trois choses.

Alors pour Illuminate, on a vraiment décidé de faire quelque chose de très fondamentalement tactile, sensoriel. Je veux toucher à tous les sens des gens qui vont venir à cette classe. Et donc on rajoute une petite huître qui va très bien avec le champagne, On va avoir un champagne Charles Heidsieck, qui est une Champagne que j’ai visité récemment dans un voyage là, et qui fait un champagne d’une qualité. J’ai visité la cave sous Reims et à 30 kilomètres de caves de Champagne.

 

Il est très bon.

C’est extraordinaire. Et donc ils vont être accueillis avec un champagne ainsi qu’une huître, du caviar, mais aussi avec un trio baroque, parce que je pense que la musique est hyper importante d’avoir complètement tous les sens toucher et la musique. Moi, j’étais au conservatoire aussi en France, donc la musique joue un rôle très important pour moi et ça complète complètement l’expérience. D’autant que pour Illuminate, il faut te dire que le marché va être un peu mis dans le noir, donc il va y avoir très peu de lumière et que on va vraiment s’inspirer davantage d’autres sens que celui de la vision. Et donc la musique va jouer aussi ce rôle de guide un petit peu dans la dégustation, puisque la musique va reprendre des thèmes qui chantent la lumière aussi, le soleil, la lune, tout ça, ça va être très intéressant.

 

ils vont être accueillis avec un champagne ainsi qu’une huître, du caviar, mais aussi avec un trio baroque, parce que je pense que la musique est hyper importante d’avoir complètement tous les sens toucher et la musique

 

Ça me fait penser à l’interview qu’on avait fait il y a 7 ans, lors que tu as proposé un évènement sensoriel pendant le festival français et c’était quelque chose dans le noir aussi je crois.

Oui. J’avais fait un avec le trio Zephyr. J’avais fait des musiques qui allaient avec du vin et dans le grand auditorium, j’avais fait aussi cinq fromages qui allaient avec cinq opéras. Des airs. Il y avait des chanteurs d’opéra.

 

Je crois beaucoup à ça. D’abord tu crées des souvenirs et ça c’est super important. Quand tu bois quelque chose d’exceptionnel, quand tu manges quelque chose d’exceptionnel, ça impacte, tu vas t’en souvenir. C’est un souvenir énorme. Si tu rajoutes de la musique, si tu rajoutes des gens avec qui tu passes cette soirée, c’est quelque chose tu vas t’en souvenir toute ta vie. Ça marque les esprits et c’est cette idée. La vie est trop courte pour manger des trucs qui te qui n’impactent pas, qui te laissent aucun souvenir. Donc nous, on cherche l’expérience qui va marquer les esprits, qui va faire que dans 10 ans, les gens vont se rappeler qu’ils sont venus à cet évènement Illuminate et qu’ils ont goûté un champagne exceptionnel avec cette musique exceptionnelle et ce caviar. C’est vraiment une expérience unique qui aura touché tous tes sens et qui va du coup être indélébilement marqué en toi pour le reste de ta vie.

 

La vie est trop courte pour manger des trucs qui te qui n’impactent pas, qui te laissent aucun souvenir. Donc nous, on cherche l’expérience qui va marquer les esprits, qui va faire que dans 10 ans, les gens vont se rappeler qu’ils sont venus à cet évènement Illuminate et qu’ils ont goûté un champagne exceptionnel avec cette musique exceptionnelle et ce caviar.

 

Donc ce n’est pas c’est pas du tout une dégustation standard. C’est vraiment un évènement.

C’est totalement un événement.

 

Et que souhaites-tu que les gens comprennent sur l’histoire et le patrimoine derrière le caviar Sturia et le champagne et les fromages de qualité?

Je voudrais que les gens ralentissent un petit peu, prennent le temps de goûter, de comprendre pourquoi ce qu’ils ont dans la bouche ont ce goût particulier, qu’ils comprennent que ce champagne a été assemblé il y a 4, 5, 6 ans selon le cas, que ce champagne a passé du temps dans ces caves gallo-romaines, a été tourné avec attention, avec amour. Tout ce travail d’artisan fait sur un produit. Personne n’a claquer les doigts, personne n’a appuyé sur un bouton et le produit est arrivé de l’autre côté. Tout le monde a passé un temps fou à créer ce champagne.

 

Je voudrais que les gens ralentissent un petit peu, prennent le temps de goûter, de comprendre pourquoi ce qu’ils ont dans la bouche ont ce goût particulier

 

Pour le caviar, les gens chez Sturia font des échographies du poisson, mesurent les œufs de caviar. L’œuf de caviar doit être 2.5 mm. S’il ne l’est pas, on remet le poisson dans l’eau pour que l’œuf grossisse. Puis il est assaisonné de façon très traditionnelle, comme le faisait partout en Russie surtout et dans ces pays où le caviar était très, très traditionnel. Il y a un travail énorme. L’esturgeon est un poisson dont il faut attendre 6 ans ou 7 ans avant qu’il ait la capacité d’avoir des œufs.

 

Le temps fait partie du produit, et je pense que c’est une erreur que de manger un produit en 30 secondes, sans même penser au temps qui a été mis au service de l’art du caviar, de l’art du champagne, de l’art du fromage qui aussi, lui, prend du temps. Quelqu’un a été traire la vache, quelqu’un a transformé le lait, quelqu’un a mis ce fromage dans une cave, la nourri de son amour et de son attention.

 

Le temps fait partie du produit, et je pense que c’est une erreur que de manger un produit en 30 secondes, sans même penser au temps qui a été mis au service de l’art du caviar, de l’art du champagne, de l’art du fromage qui aussi, lui, prend du temps.

 

Je pense que quand on fait un peu plus attention, on a plus de plaisir. Donc moi, cet évènement pour moi sert à rappeler aux gens qu’il faut ralentir un tout petit peu et faire un peu plus attention à ce qui se passe autour de soi et à ce qu’on met dans sa bouche.

 

Je pense que quand on fait un peu plus attention, on a plus de plaisir. Donc moi, cet évènement pour moi sert à rappeler aux gens qu’il faut ralentir un tout petit peu et faire un peu plus attention à ce qui se passe autour de soi et à ce qu’on met dans sa bouche.

 

Oui, c’est vrai, parce qu’on est toujours pressé en plus.

Oui, c’est ça. Et plus ça va, plus ça va vite. On est à une époque où on a besoin de rappels en disant « non, stop, slow down»  et « respire, prends ton temps, respire .» D’ailleurs, c’est super important parce que le nez – on ne respire jamais. Stop! Respirer. Qu’est-ce que ça sent? Qu’est-ce que tu vois? Je veux dire, il y a vraiment les sens. On a besoin de se rappeler qu’ils servent à quelque chose.

 

Touche, respire, assieds-toi, prends ton temps et pense à ces gens qui ont passé tellement de temps à préparer ce vin, ce champagne, ce fromage, ce caviar. Et déjà, c’est un peu comme honorer un tout petit peu la tradition, honorer les cultures, honorer le travail des gens et s’honorer soi-même parce que c’est choisir de mettre dans sa bouche des produits qui valent la peine d’être mangés, dégustés.

 

Touche, respire, assieds-toi, prends ton temps et pense à ces gens qui ont passé tellement de temps à préparer ce vin, ce champagne, ce fromage, ce caviar. Et déjà, c’est un peu comme honorer un tout petit peu la tradition, honorer les cultures, honorer le travail des gens et s’honorer soi-même parce que c’est choisir de mettre dans sa bouche des produits qui valent la peine d’être mangés, dégustés.

 

Et comment guides-tu les participants au cours qui connaissent bien le fromage, mais qui connaît moins le caviar ou l’association avec le champagne?

On parle de tout ça justement. Donc on met un petit peu de lumière sur l’art de faire du caviar, sur l’histoire un petit peu du caviar : comment il est arrivé en France, que faisaient les Russes avec l’esturgeon, d’où vient ce poisson qui est aussi vieux que les dinosaures. C’est le plus vieux poisson du monde.

 

Je pense que quand tu mets des images comme ça dans la tête des gens, déjà ça prend forme. Le produit devient moins étranger. Tu crées des ponts entre le produit et la personne qui va goûter le produit en racontant l’histoire du producteur, en racontant l’animal, en racontant comment se fait la traite d’un esturgeon, en racontant pourquoi tout d’un coup, en Russie, on en fait plus parce qu’ils ont maltraité les esturgeons et qu’à un moment, il faut aussi faire attention à la reproduction du poisson si on ne veut pas qu’il disparaisse complètement. Enfin, c’est de mettre un petit peu de lumière et de la conscience dans la tête des gens pour qu’ils mangent avec conscience un peu plus, en prenant plus du temps et faire un peu plus attention.

 

Je pense que quand tu mets des images comme ça dans la tête des gens, déjà ça prend forme. Le produit devient moins étranger. Tu crées des ponts entre le produit et la personne qui va goûter le produit

 

Le caviar et les huîtres sont souvent les symboles un petit peu d’indulgence. Quel rôle joue l’indulgence dans ce cours de maitre. Et comment équilibres-tu la décadence avec l’éducation?

Alors, je pense que ça m’aide à présenter un produit cher qui a souvent été effectivement mis aux produits de luxe. Mais aujourd’hui le luxe change. C’est très très net pour moi, l’idée que quelqu’un au lieu de dépenser 10 000 $ sur un sac Louis Vuitton, ils vont plutôt chercher des expériences. Alors évidemment, c’est cher le caviar, mais un petit caviar, un petit peu on appelle ça un bump, une petite cuillère à café de caviar, c’est six grammes, donc ce n’est pas énormément. Bien sûr ça coûte cher, mais tu en as pas besoin de beaucoup pour te donner une expérience, pour te donner une idée, un goût pour te lier avec ce produit qui est un produit luxueux mais qui est approchable parce qu’il n’a pas besoin d’être mangé à la louche.

 

Bien sûr ça coûte cher, mais tu en as pas besoin de beaucoup pour te donner une expérience, pour te donner une idée, un goût pour te lier avec ce produit qui est un produit luxueux mais qui est approchable parce qu’il n’a pas besoin d’être mangé à la louche.

 

Si tu prends le temps de le goûter avec attention, tu manges moins vite, avec plus d’attention et du coup tu en manges moins. Et donc mon idée c’est aussi, je pense, dans une mesure telle que quelque part, dire aux gens si vous mangez avec plus de conscience, vous allez manger moins parce que vous allez faire plus attention à ce que vous mangez et il y aura plus de plaisir. Donc ça devient quelque chose de comme une philosophie qui fait que tu manges mieux, tu bois mieux, tu bois moins et du coup tu te sens mieux.

 

Et donc mon idée c’est aussi, je pense, dans une mesure telle que quelque part, dire aux gens si vous mangez avec plus de conscience, vous allez manger moins parce que vous allez faire plus attention à ce que vous mangez et il y aura plus de plaisir. Donc ça devient quelque chose de comme une philosophie qui fait que tu manges mieux, tu bois mieux, tu bois moins et du coup tu te sens mieux.

 

Donc pour moi effectivement ce n’est pas des produits que tu vas manger tous les jours, c’est des petits plaisirs que tu peux t’offrir. Tu n’en as pas besoin d’acheter un kilo de caviar, tu peux acheter 30 grammes de caviar et pas tous les jours si le budget ne le permet pas, c’est sûr. Mais avec 30 grammes de caviar, tu peux te faire plaisir en sachant comment le manger, avec quel champagne ou avec quel fromage, l’accompagner et trouver des plaisirs abordables.

 

Mais avec 30 grammes de caviar, tu peux te faire plaisir en sachant comment le manger, avec quel champagne ou avec quel fromage, l’accompagner et trouver des plaisirs abordables.

 

Et tu sais aussi parfois ne pas manger ça tous les jours, ça donne un côté extra spécial qui fait que tu honores ce sentiment de j’ai cette chance de pouvoir faire ça, je ne peux pas le faire tous les jours. Je ne m’appelle pas Rothschild, mais je peux m’offrir un petit plaisir. Et aujourd’hui, quand tu regardes le monde et tu as des raisons de te dire « mais au secours, qu’est ce qui se passe.» Mais dans ce monde de malade ou dans ce monde de fou tu peux te créer des petits îlots de plaisir. Et j’ai trouvé cette façon de trouver ce plaisir abordable mais en même temps, tu as ce sentiment de faire quelque chose d’incroyable.

 

Tu n’as pas besoin d’énormément donc tu peux t’offrir cette petite dose de luxe, même si le prix de la vie est tellement cher. Tu en achètes moins, mais tu achètes bon. Du bon qui va te faire du bien. Le caviar par exemple – c’est aussi cet accompagnement, cette façon de le manger sur du poisson par exemple. J’ai goûté ce caviar sur une joue de l’hôte (monkfish), tu vois ça c’est extraordinaire. Ou sur du thon. Même à Paris, j’ai mangé une boule de glace à la vanille avec du caviar dessus. C’était phénoménal ; c’est incroyable. Donc tu vois à quel point tu peux créer quelque chose de wow factor. Tu vois, je pense qu’encore une fois, on touche aux expériences, de souvenirs que tu crées, dont tu en parles parce que tu t’en souviens.

 

Tu en achètes moins, mais tu achètes bon. Du bon qui va te faire du bien.

 

Tu as déjà parlé un petit peu de la musique baroque qui va y être? Qu’est ce qui rend une expérience de dégustation vraiment mémorable pour toi? La saveur, le récit, l’ambiance ou autre chose?

C’est l’ensemble de tout ça. Je pense que c’est super important de s’entourer de beauté, de beauté visuelle, de beauté dans les oreilles, de beauté sous le nez, de beauté dans la bouche, de beauté dans ton cœur. Si tu es heureuse d’être là avec la personne que tu aimes. C’est important d’être là ensemble, en famille ou avec des amis ou des gens que tu aimes. Donc tout ça crée une expérience complète qui touche à tous les éléments essentiels du bonheur. Je pense que c’est important de ne pas oublier aucun sens dans tout ça.

 

Je pense que c’est super important de s’entourer de beauté, de beauté visuelle, de beauté dans les oreilles, de beauté sous le nez, de beauté dans la bouche, de beauté dans ton cœur.

 

Et la beauté c’est important. Donc c’est céder un petit peu à rendre un environnement beau où tu as envie d’être, c’est super important. Je mets de la musique classique parce que ça m’aide beaucoup. C’est un sens pour moi qui m’aide à me sentir mieux, à me relaxer. Des bonnes odeurs, j’ai un petit diffuseur là, je mets un petit peu des huiles essentielles. Donc je fais un tout petit peu attention à tout ça parce que je sais que ça aide dans ma tâche de tous les jours et ça rend les tâches quotidiennes plus intéressantes, plus faciles.

 

Est-ce que c’est la première fois que tu fais un événement au cadre du programme de Illuminate Adelaide?

Oui. Je suis très excitée parce que je pense que c’est un très beau programme qui permet justement de grandir dans ta tête. C’est un événement, une expérience immersive. C’est ce que j’aime, c’est vraiment d’offrir aux gens la possibilité d’être complètement immergés dans un univers différent. On crée quelque chose d’unique et je pense qu’avec Illuminate, c’est parfait. C’est vraiment extraordinaire la possibilité que les gens ont d’expérimenter des choses un peu différentes. Il faut casser la routine, il faut casser le quotidien, il faut avoir des choses nouvelles. Je pense que la vie, on peut la rendre intéressante et ça, ça fait partie des expériences qui vont faire que ta vie devient waouh. C’est bien.

 

Et qu’est-ce que tu espères que les invités conserveront de cette soirée?

Moi je voudrais qu’ils partent avec ce cette aura, cette Waouh! Moi, j’ai été à quelques concerts dans ma vie ou quelques événements où je suis restée dans ma tête tellement longtemps parce que c’est presque spirituel. Ça va au-delà de ce que tu es capable même de raconter. C’est sensoriel, c’est profond. Donc j’espère que d’abord, un, les gens vont s’en souvenir, vont avoir envie de recréer quelque chose comme ça.

 

C’est aussi donner la possibilité aux gens d’ouvrir des portes qu’ils n’auraient jamais ouvert tout seul. Donc, une fois que t’ouvres une porte, derrière cette porte, il y a un univers. D’abord tu ne savais pas que cet univers existait. Et une fois que tu as ouvert cette porte, tu as envie que les gens aillent découvrir ce qu’il y a derrière ça encore parce que quand tu ouvres une porte, généralement tu découvres que derrière, il y a encore 10 portes à ouvrir et c’est génial. Ça, c’est offrir aux gens la possibilité d’abord de voir qu’ils ont encore plein de choses à découvrir et que la vie en fait, c’est une découverte après, une découverte, après une découverte. Et donc c’est pousser des portes pour des gens, pour qu’ils aient envie d’en pousser d’autres.

 

C’est aussi donner la possibilité aux gens d’ouvrir des portes qu’ils n’auraient jamais ouvert tout seul. Donc, une fois que t’ouvres une porte, derrière cette porte, il y a un univers. D’abord tu ne savais pas que cet univers existait.

 

Et si on pense ne pas aimer le caviar ?

Je pense que c’est vraiment important de ne pas rester sur quelque chose qui ne t’a pas plu, surtout s’il y a quelques années. Les goûts changent. Ça peut être aussi un goût qui s’acquiert. Moi je dis toujours « on ne naît pas né en aimant la bière tout de suite» Voilà, tu t’es fait un petit peu un palais donc le palais change.

 

Récemment, j’avais une classe avec fromage et vin avec Altina qui sont des vins de Barossa qui sont superbes. Et il y a cette femme d’un certain âge qui, avec les larmes aux yeux, m’a dit Valérie « Je pensais que je n’aimais pas du tout le fromage de chèvre. J’ai adoré.» Et pour moi, ce sont des moments importants.

 

J’ai tellement de gens comme ça qui me disent non, non, non, j’aime pas du tout, je ne serai jamais conquise. Là, je prends un vrai plaisir à aller les voir, leur tenir la main et je leur mets un petit peu de miel, un peu de fromage. Et je dis ben tiens, «vas y, essaye maintenant et dis-moi si t’aimes pas.» Ça fait partie de ma mission, c’est de ne pas prendre non comme une réponse. Et tu n’as peut-être pas aimé ce jour-là, mais c’est peut-être parce que tu avais été mal luné, tu me te sentais pas bien ou je ne sais quoi.

 

Ou que le produit n’était pas aussi bon.

Ou parce que d’abord c’était le mauvais. Le caviar, effectivement. Et voilà, faut regoûter. Et surtout, avec le champagne qu’on va vous offrir là, c’est un champagne de malade. Donc oui, ça va être super super!

On remercie Valérie Henbest pour cette interview.

 

INFOS CLÉS POUR ILLUMINATE AFTER DARK

QUOI : Illuminate After Dark au festival Illuminate Adelaide

QUAND : demain mardi 7 juillet de 19h à 21 h

OÙ : Adelaide Central Market, ADELAIDE

COMMENT : achetez vos billets par ici

COMBIEN : Le prix du billet est 189 $ plus 3.80 $ frais de transaction

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