Samedi soir, devant une salle comble au Dunstan Playhouse, a eu lieu la première à Adélaïde de la création de Jonny Hawkins et Jo Dyer, I’d like to say a few words , une ode à ce qu’ils décrivent comme « le passe-temps le plus dangereux de l’humanité : l’art oratoire ».

Hawkins et Dyer ouvrent la soirée par une réflexion pleine d’humour sur ce discours redouté qui suit souvent le bruit d’une fourchette contre un verre. Ils affirment que la phrase « J’aimerais dire quelques mots » remplit la plupart des gens d’appréhension et les amène à se demander qui est le plus à même d’être appelé à prendre la parole. Leur réponse : personne. Ils évoquent les différents types d’orateurs : celui qui a préparé ses fiches, celui qui s’en sort tant bien que mal avec maladresse.
La scène est aménagée comme pour une conférence, avec un podium central, des chaises, une table basse et des verres d’eau sur le côté. Le format du spectacle est simple : des invités spéciaux montent sur scène, se placent devant le pupitre et prononcent un discours sans donner de contexte au public.
Les invités spéciaux de la première d’Adélaïde de I’d like to say a few words étaient Peter Goldsworthy, Richard Carroll, Robyn Archer, Vidya Makan, Reuben Kaye et Bharat Sundraesan. Frida Las Vegas figurait sur la liste en ligne mais n’était pas présente ce soir-là.
Sans trop en dévoiler, la soirée propose huit discours couvrant un large éventail de sujets et d’occasions, alliant humour et moments de réflexion.
L’écrivain (d’ouvrages, de poèmes et de livrets d’opéra) et médecin Peter Goldsworthy AM propose un changement de carrière à 75 ans (« après tout, je suis médecin et on peut vivre jusqu’à 150 ans aujourd’hui ») pour écrire une chanson de festival de cabaret destinée à rester dans la tête du public. Il reproche à Robyn Archer (qui apparaît plus tard) d’avoir la chanson Menstruation Blues coincée dans la sienne. Loin d’être absurde, le postulat de Goldsworthy est délibérément ironique, l’humour naissant de sa redéfinition sincère de l’âge de 75 ans comme « milieu de vie » et de sa quête d’un air de cabaret auquel on ne peut tout simplement pas échapper.

Richard Carroll, metteur en scène, auteur et producteur, ainsi que codirecteur artistique de la Hayes Theatre Co. (où I’d like to say a few words a vu le jour), monte à la tribune et ouvre la séance par ces mots : « Bonsoir, chers actionnaires ». Carroll livre l’un des moments satiriques les plus percutants de la soirée, mêlant jargon d’entreprise et absurdité croissante. Le public est rapidement captivé, notamment lors d’une interaction spontanée qui met en évidence à quel point le langage de marque peut être creux. Imaginez une année record pour le service juridique avec 87 affaires intentées contre lui et 87 réglées à l’amiable, ou 85 millions de dollars dépensés pour un nouveau slogan de trois mots (qu’il a demandé à un spectateur de trouver sur-le-champ), ou encore le terme accrocheur « booksmaxxing » pour désigner l’évasion fiscale, jouant sur la tendance masculine actuelle du « looksmaxxing ».
Robyn Archer AO, chanteuse, artiste, écrivaine et directrice artistique du Festival d’Adélaïde en 1998 et 2000, apparaît avec un accent américain, à une date inconnue dans le futur, s’engageant à créer la plus grande université de la Terre. Il n’y aura pas besoin de campus ni de présence physique, l’IA remplaçant « l’enquête approfondie inutile ». Une institution mondiale fondée sur la vente d’armes, de composants d’armes et de conflits prolongés. Elle reprend brièvement Masters of war de Bob Dylan. Le discours d’Archer est à la fois glaçant et teinté d’humour noir, sa vision futuriste se présentant comme une critique acerbe des systèmes axés sur le profit et de l’érosion de la véritable curiosité intellectuelle.
Si le discours d’Archer est glaçant, celui de Bharat Sundraesan est d’une espièglerie désarmante et constitue l’un des moments forts de I’d like to say a few words. Ce journaliste sportif et auteur d’origine indienne incarne un footballeur s’adressant à ses coéquipiers. Juste au moment où le scénario semble clair, il prend une autre tournure. Le discours de Sundraesan se distingue par ses détournements astucieux, amenant le public à une certaine attente avant de révéler un rebondissement à la fois comique et subversif, riche en sous-entendus et en surprises.

Jo Dyer monte sur scène lors d’une « importante réunion du conseil municipal » en fin de soirée. Bien qu’aucune référence explicite ne soit faite, cela évoque les tensions autour des espaces verts d’Adélaïde. Sa déclaration passionnée selon laquelle « les humains sont en train de se tuer à petit feu » laisse place à des propositions inattendues et scandaleuses. On avait un peu l’impression de regarder un épisode de Gruen, où l’on demande à des agences de publicité de concevoir des publicités pour des produits ou des idées inimaginables. La contribution de Dyer est la plus politiquement engagée de la soirée, mêlant satire et urgence d’une manière qui résonne bien au-delà de ses moments les plus absurdes. De tous les discours prononcés lors de I’d like to say a few words, c’est celui-là qui restera dans l’esprit du public ou, comme le dit Hawkins, « qui viendra pour se divertir et repartira avec une angoisse existentielle ».
Vidya Makan, qui présente cette année au festival de cabaret sa comédie musicale en cours de création, Light, une joyeuse célébration de l’expérience de la diaspora sud-asiatique, prononce un discours de mariage émouvant et de plus en plus déplacé. Makan jongle avec précision entre humour et malaise, utilisant la gêne croissante du discours pour dénoncer l’ignorance et les préjugés culturels, en confondant les jeunes mariés sri-lankais avec des Indiens, et en terminant par un mélange incongru de « Namaste » et « Inchallah ».
L’un des discours les plus attendus de la soirée est celui de Reuben Kaye, directeur artistique de l’Adelaide Cabaret Festival 2026 (et, comme cela vient d’être annoncé, 2027). Il ne déçoit pas. À l’instar de Barnaby Joyce, il prononce un discours mêlant victoire et démission. Kaye captive les spectateurs grâce à une satire pleine d’énergie, fustigeant l’hypocrisie politique avec une précision cinglante. Le chef du parti « contre tout et pour rien » s’enfonce dans des propos de plus en plus scandaleux, allant d’un hybride entre un club de paintball et un club de strip-tease à des aveux chargés de scandales.
Hawkins clôt la soirée dans une joyeuse absurdité, s’investissant pleinement dans le rôle d’un soldat trop zélé proposant un sauna chaud et moite comme voie vers la paix. Le discours, riche en sous-entendus et en absurdités croissantes, culmine en un final qui résume l’esprit anarchique du spectacle.
La première à Adélaïde de I’d like to say a few words s’est révélée être un ajout incisif et inventif au programme de l’Adelaide Cabaret Festival. Si la distribution tournante signifie que chaque représentation variera, cette version a trouvé un équilibre captivant entre comédie et commentaire. C’est un format qui invite à revenir, et qui semble mûr pour de futures saisons à Adélaïde.
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4 CROISSANTS
Matilda Marseillaise était invitée de l’Adelaide Cabaret Festival
