D’anciens artistes du Cirque du Soleil présentent leur spectacle Imago au festival Adelaide Fringe

Imago interview Gabrielle Martin
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Imago suspend deux corps dans un système de boucles de corde inventé sur mesure pour poser une question vertigineuse : jusqu’où peut-on s’accrocher à l’autre avant de le laisser partir. À l’Adelaide Fringe, les anciens artistes du Cirque du Soleil Gabrielle Martin et Jeremiah Hughes, partenaires de scène et de vie, laissent l’attraction, la résistance et la séparation écrire le récit à même leurs corps, dans un langage non verbal, sensoriel et éminemment humain. Cette interview dévoile les coulisses d’une œuvre où l’on entend la respiration, où la fatigue se voit, et où la suspension, la lumière et la musique composent un paysage émotionnel qui vous invite à ressentir avant de comprendre.

Imago interview Gabrielle Martin
Photo: Chris Randle

Gabrielle, vous présenterez votre spectacle de danse aérienne Imago au festival Adelaide Fringe. Parlez-nous du spectacle.

Imago est un duo de danse aérienne contemporaine qui explore la tension entre le fait de s’accrocher à l’autre et celui de le laisser partir. L’œuvre se situe à la croisée du cirque, de la danse contemporaine et du théâtre visuel, dans une forme non verbale, profondément sensorielle et émotionnelle.

 

Le spectacle repose sur un agrès que nous avons conçu nous-mêmes : un système de boucles de corde à trois niveaux. Cet appareil minimaliste nous a permis de sortir des vocabulaires codifiés du cirque aérien et de développer un langage chorégraphique original, où la suspension devient un espace de relation et de transformation.

 

Dans Imago, la virtuosité n’est jamais démonstrative. Le risque est réel, la fatigue visible, la respiration audible. Nous cherchons à créer une expérience immersive où le public ressent physiquement les forces qui traversent les corps : l’attraction, la résistance, la séparation.

 

Vous présentez le spectacle avec Jeremiah Hughes, avec qui vous avez fondé Corporeal Imago. Pourquoi avoir créé cette compagnie ?

Corporeal Imago est née d’un désir de reprendre une pleine agence artistique après plusieurs années dans de grandes productions internationales. Ces expériences nous ont offert une rigueur exceptionnelle et une maîtrise du spectaculaire à grande échelle, mais nous ressentions le besoin de créer des œuvres capables de porter une complexité émotionnelle et philosophique plus profonde.

 

Avec Corporeal Imago, nous explorons des questions existentielles à travers le corps : la tension entre l’agentivité humaine et les forces qui nous dépassent, la fragilité, la perte, la transformation. Notre travail s’inscrit dans une approche interdisciplinaire, où le cirque devient un langage narratif à part entière, et non un simple vecteur de prouesse.

 

Avec Corporeal Imago, nous explorons des questions existentielles à travers le corps : la tension entre l’agentivité humaine et les forces qui nous dépassent, la fragilité, la perte, la transformation.

 

Imago danse
Image: Chris Randle

Depuis quand vous connaissez-vous ?

Jeremiah et moi nous sommes rencontrés en 2015, alors que nous interprétions des rôles principaux dans TORUK – The First Flight du Cirque du Soleil. Notre relation s’est d’abord construite autour d’une affinité artistique très forte : nous étions les deux interprètes issus d’une formation en danse au sein de la production, ce qui influençait profondément notre manière d’aborder le développement du personnage à travers le mouvement. Nous parlions instinctivement le même langage corporel, ce qui a naturellement mené à une collaboration durable et, plus tard, à la co-fondation de Corporeal Imago.

 

Vous étiez tous les deux artistes chez Cirque du Soleil. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous avons évolué plusieurs années au sein du Cirque du Soleil. J’y étais interprète, comédienne et artiste aérienne, Jeremiah interprète, comédien et acrobate. Nous performions dans des contextes extrêmement exigeants, parfois jusqu’à dix représentations par semaine devant des milliers de spectateurs.

 

Dans TORUK, nous interprétions des personnages amoureux — et peu à peu, la vie a imité l’art. Nous nous sommes fiancés en tournée, puis mariés après avoir quitté le spectacle. Cette période, condensée en quatre années d’une intensité exceptionnelle, a été profondément fondatrice. Nous déménagions chaque semaine, traversant l’Amérique du Nord, l’Asie, l’Europe, le Royaume-Uni et le Moyen-Orient. Il y a eu des sommets vertigineux et des moments d’épuisement profond — une succession de hauts et de bas qui forgent le caractère. Avoir traversé tout cela ensemble est aujourd’hui un véritable cadeau.

 

Dans TORUK, nous interprétions des personnages amoureux — et peu à peu, la vie a imité l’art.

 

Après le Cirque du Soleil, sentez-vous encore l’influence de cet univers dans vos créations ?

Oui, mais de manière transposée. Nous ne cherchons pas à reproduire ses codes, mais son exigence est intégrée à notre travail. Ce que nous avons quitté, c’est l’idéalisation du corps comme figure quasi mythique ou invulnérable. Dans Imago, le corps est puissant, mais aussi soumis à des forces extérieures : la fatigue, l’autre, le temps. La virtuosité devient un outil au service d’une écriture profondément humaine.

 

D’où est venue l’inspiration de Imago ?

L’inspiration est née de la recherche physique en studio. En explorant la suspension à deux, nous avons découvert que la gravité ne fonctionnait pas seulement comme une contrainte technique, mais comme une véritable force narrative. Au lieu d’imposer un récit, nous avons laissé les lois physiques — l’attraction, la séparation, la résistance — structurer la pièce.

 

Notre processus était entièrement devisé. Nous ne partions ni d’un texte ni d’un concept figé, mais d’images, d’improvisations et de contraintes réelles. Imago s’est construit à partir de ce que les corps vivaient réellement dans l’espace, dans un dialogue constant entre mouvement, émotion et structure.

 

nous avons découvert que la gravité ne fonctionnait pas seulement comme une contrainte technique, mais comme une véritable force narrative

 

Quelles émotions cherchez-vous à évoquer dans ce spectacle ?

Nous explorons des états profondément humains : l’attachement, la peur de la perte, la persistance du lien, mais aussi la nécessité de lâcher prise. Ces émotions ne sont pas illustrées, elles sont incarnées physiquement. Nous cherchons à créer une résonance sensorielle, où le spectateur ressent ces tensions dans son propre corps avant de les analyser.

 

Votre travail mêle cirque, danse et théâtre visuel. Par quoi commence votre processus de création ?

Très souvent par une image — imaginée, presque rêvée. Elle génère le mouvement, puis l’émotion, puis la structure.

 

Le processus n’est pas linéaire. Si on lui laisse de l’espace, l’œuvre se révèle d’elle-même. Il y a une part d’écoute dans notre manière de créer — comme si nous étions en conversation avec quelque chose qui nous dépasse. Je perçois parfois le processus comme un dialogue avec une forme d’intelligence plus vaste, qui se manifeste à travers le corps et le mouvement.

 

Dans Imago, la musique, la lumière et la scénographie ont été pensées dès le début comme un paysage émotionnel.

 

Je perçois parfois le processus comme un dialogue avec une forme d’intelligence plus vaste, qui se manifeste à travers le corps et le mouvement.

 

Comment la hauteur et la suspension incarnent-elles les tensions émotionnelles ?

Lorsque deux corps sont suspendus ensemble, la gravité agit comme un partenaire invisible. Elle attire, sépare, met en tension et impose des choix. Chaque transfert de poids devient une négociation ; chaque hésitation a des conséquences réelles.

 

Nous avons laissé cette réalité physique écrire le récit. En hauteur, rien ne peut être feint : la vulnérabilité est amplifiée et la tension devient palpable.

 

En hauteur, rien ne peut être feint : la vulnérabilité est amplifiée et la tension devient palpable.

 

Comment gérez-vous les différences de vision artistique ?

Nos visions se complètent naturellement, notamment dans le travail visuel. Nous partageons une sensibilité forte à la composition, à la lumière et à la texture scénique.

 

Les différences apparaissent davantage dans la structure. Mon approche est ancrée dans les formes post-dramatiques, ouverte à la fragmentation et à l’ambiguïté. Jeremiah, avec sa formation théâtrale, tend vers des lignes plus lisibles et une progression plus structurée. Cette tension est fertile. Dans le mouvement aussi, nos formations dialoguent : mon background en contact improvisation privilégie l’écoute et l’imprévu ; le sien, issu du ballroom, repose sur des cadres plus définis. Ces frictions nourrissent l’écriture.

 

Dans le mouvement aussi, nos formations dialoguent : mon background en contact improvisation privilégie l’écoute et l’imprévu ; le sien, issu du ballroom, repose sur des cadres plus définis. Ces frictions nourrissent l’écriture.

 

Imago Image: Chris Randle
Image: Chris Randle

Votre vision de l’humanité a-t-elle évoluée ?

Oui, elle s’est clarifiée. Au départ, nous explorions la tragédie au sens grec — la tension entre la volonté humaine et des forces inexorables. Peu à peu, nous avons questionné le mythe de la destinée individuelle. Notre travail révèle aujourd’hui une écologie complexe où l’humain est fragile, parfois complice, toujours entremêlé à des forces plus-qu’humaines — naturelles, sociales ou cosmiques.

 

Dans Imago, cette pensée se concentre à l’échelle intime : deux corps presque comme des amants tragiques, confrontés au temps et aux forces qui altèrent les liens. Dans notre création en cours, Drift, cette dimension cosmologique devient plus explicite.

 

Peu à peu, nous avons questionné le mythe de la destinée individuelle. Notre travail révèle aujourd’hui une écologie complexe où l’humain est fragile, parfois complice, toujours entremêlé à des forces plus-qu’humaines — naturelles, sociales ou cosmiques.

 

Quel dialogue espérez-vous ouvrir avec le public ?

Un dialogue sensible et non prescriptif. Imago ne propose pas un message unique, mais un espace où chacun peut reconnaître quelque chose de sa propre expérience. Souvent, cela commence par une sensation avant de devenir langage.

 

Comment Montréal et Vancouver ont-elles façonné votre identité chorégraphique ?

Avant de quitter Vancouver en 2006, c’est là que tout a commencé : la marche sur échasses, le fire dancing, un rapport ludique et communautaire au cirque. J’y ai découvert les pratiques somatiques et développé un amour profond pour le contact improvisation.

 

À Montréal, j’ai acquis une véritable maîtrise technique, une professionnalisation rigoureuse et une immersion dans une grande diversité de pratiques contemporaines. J’y ai vu énormément de cirque et de danse internationale — une exposition inestimable à un moment clé.

 

Revenue à Vancouver en 2020, j’y occupe aujourd’hui un espace différent. Le contexte y est plus intime, mais offre une réelle liberté d’initiative. Mon travail porte la trace de ces allers-retours : une physicalité organique nourrie par Vancouver et structurée par l’exigence montréalaise.

 

 Mon travail porte la trace de ces allers-retours : une physicalité organique nourrie par Vancouver et structurée par l’exigence montréalaise.

 

Pourquoi le public d’Adelaide Fringe devrait-il venir voir Imago ?

Parce que Imago propose une expérience rare : un langage véritablement interdisciplinaire où cirque, danse et théâtre visuel se rencontrent dans une écriture cohérente et incarnée. La lumière et la musique composent un univers immersif, et l’impact émotionnel est tangible.

 

Ce n’est pas seulement un spectacle aérien ; c’est une traversée sensorielle, à la fois spectaculaire et intime.

 

Et comme la série est courte — du 19 février au 1er mars au Gluttony (Ukiyo) — c’est une occasion précieuse de découvrir une œuvre saluée à l’Edinburgh Fringe.

 

Ce n’est pas seulement un spectacle aérien ; c’est une traversée sensorielle, à la fois spectaculaire et intime.

 

D’autres choses à ajouter ?

Nous sommes enthousiastes à l’idée de présenter Imago pour la première fois en Australie, après avoir entendu tant de choses sur l’énergie d’Adelaide Fringe. La pièce sera présentée en circulaire dans l’espace intime d’Ukiyo. Cette configuration rapproche les spectateurs de l’action — on entend la respiration, on perçoit les micro-ajustements. Cette proximité amplifie la dimension immersive du spectacle. Nous avons hâte de vivre cette rencontre avec le public australien.

Nous remercions Gabrielle Martin de Corporeal Imago pour cette interview et nous avons hâte de voir Imago à l’Adelaide Fringe.

 

INFOS CLÉS POUR IMAGO

QUOI : Le spectacle Imago au festival Adelaide Fringe 2026

QUAND :

  • jeudi 19 février – dimanche 22 février 20h40
  • mardi 24 février – dimanche 1 mars 20h40

OÙ : Ukiyo at Gluttony, Rymill Park, ADELAIDE

COMMENT : Achetez vos billets par ici

COMBIEN : Le prix de billets (sans le frais de réservation) sont :

  • Prix plein : 25,00 $ à 35,00 $
  • Membre Fringe : 15,00 $ à 17,50 $ (minimum de 2 billets)
  • Enfant : 20,00 $ à 25,00 $
  • Détenteurs d’une carte Health Care: 25,00 $ à 30,00 $
  • Seniors : 25,00 $ à 30,00 $
  • Étudiants : 25,00 $ à 30,00 $
  • Familles : 25,00 $ à 30,00 $ (minimum de 4 billets)
  • Carte d’accompagnement : 0,00 $
  • Offre spéciale en semaine : 25,00 $

 

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