MB14 nous parle du film Ténor, de l’opéra et du rap

MB14
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MB14 est un rappeur français qui joue le personnage d’Antone dans le film Ténor qui sort en salles australiennes demain. Ce personnage de la banlieue parisienne et du monde du rap et beatbox entre dans le monde d’opéra complètement par hasard. MB14, rappeur et maintenant acteur grâce au film Ténor nous parle du film, de l’opéra et du rap. Lisez notre interview avec lui par la suite.

MB14
Image: David Koskas

MB14, dans le film Ténor votre personnage est un rappeur, comme vous l’êtes dans la vraie vie, mais de la banlieue parisienne qui se retrouve par hasard dans une école d’opéra. Vous vous êtes formé dans l’opéra, pour le rôle. Avez-vous une expérience ou une connaissance de l’opéra avant?

Oui. Alors le film a été tourné en 2021 et moi, il faut savoir que j’ai commencé la musique pas loin d’une dizaine d’années avant ça. Donc c’est vrai que dans mon parcours, j’ai eu l’occasion d’écouter pas mal d’opéra, de musique classique. Par exemple, il y a une radio en France qui s’appelle Radio Classique. Et toute la journée ils diffusent des symphonies, des airs d’opéra, des morceaux de musique classique très connus. Et donc c’est vrai je me suis fait une très petite culture de musique classique.

 

Et dans le lot, j’ai beaucoup écouté de chant lyrique, en fait. J’ai beaucoup écouté de voix d’opéra, que ce soit des voix féminines ou des voix masculines, des ténors, des sopranos, etc. Et donc j’ai essayé par moi-même pendant des années de chanter un peu à la manière opéra, mais ce n’était pas la vraie technique. Parce qu’en fait il y a une vraie technique dans l’opéra qui consiste à faire résonner le son à l’intérieur des résonateurs du crâne et dans le corps. En fait, pour pouvoir faire projeter le son, c’est de la physique à travers l’air bien sûr pour pouvoir projeter le son, mais sans devoir forcer sur les cordes vocales.

 

Et cette technique, je ne l’avais pas forcément. Je me débrouillais bien dans les notes aiguës on va dire la voix de tête. Voilà, ça je. Je maîtrisais assez bien, on va dire, pour quelqu’un qui apprend par lui-même. Mais la voix de ténor c’est plus compliqué quand même. Donc c’est vrai que pendant le tournage, j’ai pris des cours pendant à peu près deux mois, juste avant le tournage, et pendant un peu, avec une prof de chant lyrique qui s’appelle Caroline Faivre et qui m’a fait trois ou quatre cours par semaine et c’est comme ça que j’ai pu vraiment progresser. Elle m’a donné les bases en fait du chant lyrique. Ce qui fait qu’après moi, depuis, ça fait deux ans ou deux ans et demi. Depuis j’ai beaucoup appris. J’ai beaucoup regardé de documentaires sur YouTube, j’ai beaucoup écouté de chanteurs d’opéra différents, les grands chanteurs d’opéra des années 30, 40, 50, 60, 70. Enfin, j’ai essayé de me faire une vraie culture là-dedans.

 

Je ne m’entraîne pas tous les jours, mais quasiment depuis deux ans, parce que c’est devenu une vraie passion, l’opéra. Le chant lyrique, c’est vraiment une forme de chant qui me fait beaucoup de bien parce que ça me permet vraiment de chanter avec de la puissance. Je sens le son résonner dans mon corps, dans ma tête.

 

MB14 Image: David Koskas
Image: David Koskas

 

Ca doit faire bizarre la première fois.

Au début c’est dur, franchement. Au début c’est vraiment difficile parce que c’est épuisant en fait. C’est à dire qu’il faut réussir à combiner tellement de paramètres à l’intérieur de la voix et en même temps, il faut désapprendre des mauvais réflexes qu’on a accumulés pendant des années. C’est pour ça qu’au début, c’est très difficile, c’est très éprouvant. Mais maintenant que je me suis vraiment formée et que je sais que je maîtrise suffisamment les bases au moins du sujet, c’est un plaisir parce que je peux m’amuser à chanter des grands airs d’opéra. Ce n’est pas facile, mais j’arrive à bien me débrouiller et ça me fait beaucoup de bien.

 

De toute façon, dans la vie, j’aime progresser, j’aime sentir que je suis en train de progresser et je ne regrette pas d’avoir fait tout ce chemin-là dans l’opéra parce que ça m’a même servi pour d’autres formes de chant, que ce soit le rap, la pop, le reggae, la variété. C’est grâce à mon entraînement de chanteur d’opéra, j’ai pu complètement ouvrir ma voix et la comprendre beaucoup plus. Et ça, c’est ça, c’est inestimable en fait. Parce que quand on est chanteur, on veut toujours mieux chanter. Et là voilà, c’est devenu une passion.

 

Pour ajouter une dernière chose, je crois beaucoup au pouvoir de guérison de la voix. C’est à dire que je suis convaincue que la voix scientifiquement, avec la vibration, elle permet de guérir le corps, d’agir sur les cellules, d’agir sur l’eau qu’il y a dans le corps. C’est prouvé. On va dire que la vibration des sons impacte la matière et impacte l’énergie du corps. Et en plus, on a un chakra dans la gorge. C’est le troisième chakra, c’est le chakra de la communication, de l’expression. Et je suis convaincue que chanter il y a un côté méditatif et un côté spirituel très fort qui permet de guérir le corps et guérir l’esprit. Voilà, c’est pour ça que je le fais beaucoup.

 

Est-ce que vous allez introduire un peu le chant lyrique dans vos projets futurs? 

Par exemple j’ai sorti un projet qui s’appelle Ambitus en 2018 et déjà dans ce projet-là, même si c’était avant que je prenne des cours d’opéra, c’est un projet déjà qui comporte beaucoup de voix lyriques. J’ai essayé déjà dans ce projet-là de faire beaucoup de voix d’opéra ou de polyphonie qui sonnent un peu Requiem de Mozart. J’ai essayé de vraiment d’amener un truc avec beaucoup de voix, beaucoup de voix aiguës, de voix graves, parce que le côté ancien du chant lyrique me parle beaucoup et j’ai vraiment essayé de faire un projet qui sonne à la fois, on va dire moderne, avec des sonorités hip hop, des sonorités un peu soul, etc. et en même temps avec un côté très ancien, très antique, très mystique, de grosses voix d’opéra pour donner un côté un peu spirituel au projet. Enfin, il faut l’écouter pour voir.

 

J’aime beaucoup l’histoire, par exemple l’histoire, l’archéologie, toutes ces choses-là. Et j’aime mélanger, mélanger l’ancien et le nouveau. En fait, c’est un truc qui me touche beaucoup.

 

C’est intéressant, je vais voir ça. Quels ont été les défis que vous avez eu à révéler en apprenant comment chanter lyriquement?

Je dirais que, en fait, je suis de nature à vouloir progresser beaucoup et j’ai du mal à accepter des fois de ne pas réussir à faire quelque chose que j’ai envie de faire. Ce qui fait que ça a été dur pour moi d’accepter d’être patient en fait, d’être patient, de se tromper, de rater, de réussir et de rerater. En fait, c’est à chaque fois de croire que ça y est, j’ai compris la technique et en fait non, ce n’est pas ça, il y a encore une couche supplémentaire à comprendre, il y a encore une étape derrière à comprendre. Mais en fait non, ce n’est pas ça, c’est ça. Et c’est ça qui est épuisant mentalement et physiquement, c’est qu’en fait on s’entraîne, on s’entraîne, on s’entraîne beaucoup pour pas beaucoup de progression.

MB14 et Michèle Laroque dans Ténor Image: David Koskas
MB14 et Michèle Laroque dans Ténor. Image: David Koskas

Oui, ça doit est frustrant.

Très frustrant, franchement. Moi, l’opéra, j’en ai pleuré. J’en ai pleuré. A des moments, pendant le tournage ou même là, dans les deux ans que j’ai passé à travailler. Il y a des moments vraiment c’est épuisant parce qu’on a l’impression des fois de de nager à contrecourant et même de se battre dans le vide. En fait, on a l’impression que on travaille, on travaille et là, je ne comprends pas, je ne vois pas de progression.

 

Et puis à un moment tu travailles et là tu comprends le truc en fait. Ah mais en fait c’est ça. Et là tu as un déclic et là, d’un coup, en fait c’est ça. C’est qu’il faut être vraiment patient, faut être concentré, c’est des vibrations. Donc des fois on finit et on a mal à la tête, on a mal à la gorge, on n’a plus envie de chanter, on a envie de faire une pause. Mais, il faut recommencer le lendemain ou deux jours après. Parce que c’est ça le truc, c’est que quand on ne s’entraîne pas assez souvent, la voix, ça devient plus difficile.

 

Ce n’est pas que ça rouille, mais c’est que pour pouvoir progresser, il faut s’entraîner au moins tous les deux ou trois jours.

 

Comme les sportifs avec les muscles.

Exactement, si on ne chante pas pendant une semaine, le corps, la voix commencent à s’atrophier. Pour commencer, ça devient difficile. Alors que quand on s’entraîne tous les jours ou tous les deux jours, tous les trois jours au maximum, on est toujours fraîche. Voilà, donc c’est ça, c’est la patience et la rigueur.

 

Comment pensez-vous que le film Ténor a contribué à briser les stéréotypes ou les idées préconçues, soit sur l’opéra ou le rap?

Je dirais qu’en sorte, ça montre qu’on peut venir de n’importe où et quand même être un chanteur d’opéra. Moi je pense qu’il y a beaucoup de clichés qui restent encore là-dessus, surtout au niveau de l’opéra. Parce que ça y est, le rap, tout le monde écoute du rap, tout le monde connaît. Par exemple, il y a un morceau en France qui s’appelle bande organisée. C’est un des plus gros morceaux de rap qui est sorti ces dernières années, que ce soit en termes de stream ou en termes de vues sur YouTube, etc. Et tout le monde en France connaît ce morceau-là, et pas que, c’est un exemple.

Mais ça y est, le rap aujourd’hui, il fait partie de la culture française. Tout le monde entre zéro et 50 ans, écoutent du rap. Tout le monde connaît les gros rappeurs, donc il y a moins de clichés là-dessus. Forcément, ça reste associé à la rue, à la banlieue. Il y a toujours des clichés de trafics de drogue et la violence et machin, et les quartiers, etc. Mais globalement, tout le monde écoute du rap.

 

Alors que l’opéra, il y a encore beaucoup de gens qui pensent que c’est réservé à une élite alors qu’en fait ce n’est pas vrai. Aujourd’hui, on peut aller sur YouTube et, gratuitement, avoir accès à 100 ans d’histoire de l’opéra. On peut avoir accès à des vidéos en noir et blanc de chanteurs comme Caruso, comme Mario Lanza, comme Mario Del Monaco, comme Di Stefano, comme Franco Corelli, Pavarotti. Et tout ça, c’est gratuit. Donc en fait, c’est encore une vision des gens. Peut-être c’est un truc parce qu’il y a les costumes, il y a les très beaux, très beaux instruments, les belles robes, le côté très théâtrale qui correspond plus trop à l’époque d’aujourd’hui, mais qui était la pop de l’époque en fait.

 

C’est à dire quand les gens allaient voir Pavarotti, comme les gens aujourd’hui qui vont voir Ed Sheeran en concert, vous voyez ce que je veux dire. C’est à l’époque Pavarotti, c’était une pop star et c’est pour ça que, en plus, quand on veut aller voir des concerts d’opéra en France, selon là où on est placé dans la salle, les prix sont moins chers. On peut aller voir un concert d’opéra pour 20 – 30 € et c’est le prix d’un concert de pop dans une grande salle aujourd’hui. Donc c’est encore des trucs à briser.

 

Mais voilà, heureusement, grâce à internet, maintenant on a accès à tout ce qu’on veut en instantané. Et donc aujourd’hui, il n’y a plus d’excuse pour ne pas écouter de l’opéra. C’est une question de goût maintenant. C’est que quelqu’un qui veut s’intéresser, il peut. Voilà.

 

Et MB14 pour finir, qu’est-ce qui vous plait le plus dans le film Ténor?

Le film Ténor!

 

Le tout ?

Oui, franchement, c’est ce qui me plaît le plus, c’est ça, c’est le tout. C’est d’avoir pu être très libre dans mon jeu, dans la façon de retravailler mes dialogues, d’avoir pu proposer des choses. Je me sens très content aussi d’avoir pu travailler dans des décors pareils, avec une équipe pareille, avec plein de comédiens supers. J’ai même pu rencontrer Roberto Alagna et jouer avec lui, avec un réalisateur comme Claude Zidi Junior qui est un super réalisateur, avec un producteur qui m’a fait confiance et qui s’est battu pour ce projet dans des décors incroyables avec une belle histoire.

Roberto Alagna, MB14, image par David Koskas
Roberto Alagna, MB14, image par David Koskas

Enfin voilà, vraiment, c’est le tout dans ce film. C’était une expérience incroyable et en plus j’ai pu faire dans un seul film. J’ai pu réaliser mon rêve déjà de devenir acteur. Et en plus dans ce même film, j’ai pu chanter de l’opéra que j’adore, j’ai pu faire du rap qui est ma passion aussi et j’ai pu faire même du beatbox, donc c’est vraiment pour moi ce film, c’est une carte de visite, c’est un rêve d’adolescent en fait.

 

Et c’est pour ça que c’est un film qui qui me restera dans mon cœur à vie. Et je suis tellement heureux de d’y avoir participé et de l’avoir fait. Même si c’était parfois difficile mentalement, vocalement, physiquement, etc., ça reste un des plus beaux souvenirs de ma vie en fait. Vraiment, je suis tellement heureux de l’avoir fait que voilà, c’est un petit bout de rêve, en fait, ce film.

Nous remercions MB14 pour cette interview et nous vous conseillons d’aller voir le film Ténor dans les salles de cinéma australiennes à partir de demain le 7 décembre.

 

 

Lisez notre critique du film Ténor par ici.

 

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