Damien Droin, fondateur de la compagnie de cirque contemporain français Hors Surface, débarque à WOMADelaide 2026 avec ses spectacles innovants HOME et Le poids des nuages pour leur première australienne. Dans cet entretien, il révèle comment sa passion d’enfance héritée de son père circassien s’est muée en une carrière audacieuse mêlant acrobaties extrêmes, structures inventées comme l’Acronet, inspirations poétiques de Rimbaud et d’Icare, et une vision du cirque comme langage universel de liberté et de réinvention qui promet d’ensorceler le public australien.

Damien, avec votre compagnie de cirque Hors Surface, vous venez en Australie au festival WOMADelaide pour présenter deux spectacles : HOME et Le poids des nuages. Avez-vous déjà présenté vos spectacles en Australie ?
Non c’est la première fois sur cette partie du monde. Jusqu’à présent j’ai pu mener des projets à l’international notamment au Brésil, en Corée et en Guinée. J’ai commencé par y présenter mes créations et cela s’est ensuite poursuivi par un travail de transmission avec des artistes locaux. Je suis donc aujourd’hui très heureux de créer ces nouveaux liens avec l’Australie, car une des choses qui me passionnent le plus dans ce métier est de pouvoir échanger autour de ma passion pour le cirque contemporain, avec des gens d’horizon diffèrent.
Vous avez découvert le cirque depuis un très jeune âge, lorsque vous aviez 5 ans et votre père s’y consacre à plein temps. Quand est-ce que vous avez su que vous aussi souhaitiez vous y consacrez à plein temps ?
J’ai effectivement mis un pied dans le cirque depuis petit, mais cet univers a pris progressivement de plus en plus de place dans ma vie. Après avoir commencé ma première création en solo, j’ai découvert toute la richesse que pouvait m’apporter le fait d’être à la fois sur scène et à la direction artistique d’une compagnie. En effet, après cela j’ai pu rencontrer une multitude d’artistes qui m’ont énormément apporté dans le développement de mon langage artistique.
Vous avez fait des études dans plusieurs pratiques : bascule, balançoire russe, trapèze volant, jonglage avant de spécialiser à la corde tendue et au funambule. Mais ce n’est pas tout ! Vous vous êtes également formé à la danse classique et contemporaine. Comment tous ses pratiques vous aident dans la création de vos spectacles aujourd’hui ?
La pluridisciplinarité dans le spectacle est pour moi une chose essentielle pour échapper à la monotonie. C’est aussi un grand atout pour la création artistique car le corps dans mes créations raconte plus que de la simple performance.
Pourquoi avez-vous décidé de créer votre propre compagnie de cirque? Quelle était votre vision pour le type de cirque que vous vouliez créer ? Et qu’est-ce que vous cherchez dans les gens qui font partie de vos spectacles ?
J’ai commencé à créer et développer mon propre univers artistique pendant mes études au CNAC (Centre National des Arts du Cirque). J’ai eu la chance de pouvoir être interprète pour le théâtre, la danse contemporaine ou encore l’opéra dans plusieurs pays d’Europe. Et le besoin de créer ma propre compagnie est vite devenu nécessaire. C’est là qu’est né Hors Surface, lorsque j’avais 23 ans. Je cherche à créer un cirque aux multiples facettes, en portant mon exigence sur un haut niveau acrobatique aussi bien que sur la dramaturgie. J’ai très vite été passionné par la scénographie et la construction d’agrès hors norme, qui est rapidement devenu ma marque de fabrique.
Votre travail est souvent décrit comme un mélange de théâtre physique, d’acrobatie et d’images poétiques. Comment décririez-vous votre approche unique du cirque ?
Dans les premières phases de création, une fois que mon sujet est clair. J’aime penser mes scènes comme un peintre. Écrire des tableaux très puissants visuellement et ensuite travailler le corps en résonance avec l’espace.
D’où vient votre volonté d’innover ?
Bonne question… J’ai toujours eu le gout d’inventer ! De chercher de nouvelles façons de faire, de nouveaux chemins à explorer. Mes parents m’ont toujours poussé à remettre en question ce qui m’entoure, de ne jamais prendre les choses comme acquises. Ça m’a donné la force de dépasser la peur de l’inconnu et de trouver la liberté de créer !
Le spectacle HOME est présenté sur une structure composée d’un fil tendu au-dessus d’un acronet. C’est votre propre création. Parlez-nous du processus créatif pour cette structure.
J’ai créé cette structure pendant ma formation au CNAC. Tout a commencé par une blessure au dos, qui m’a forcé à mettre le trampoline de côté. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré la pratique du fil et du funambule… Symboliquement l’équilibre sur le fil de la vie m’a beaucoup parlé et je suis revenu sur le trampoline avec une nouvelle vision. La combinaison entre la voltige et l’équilibre était évidente. Mais le trampoline trop petit, trop terrestre, trop gymnastique. J’ai eu besoin très vite de « casser les cadres » de ma pratique pour inventer mon propre espace. J’ai passé plusieurs mois dans les ateliers à concevoir cette grande toile que j’ai appelée ensuite Acronet.
Parlez-nous aussi du spectacle HOME qui est une histoire sur les opposés dont nous sommes faits.
Tout est parti d’un poème : Le Bateau Ivre d’Arthur Rimbaud.
Ce poème a fait tout de suite écho à l’univers maritime de ma structure et les images très fortes qu’il y avait dans ce texte m’ont tout de suite donné envie de plonger dans l’écriture physique de ce spectacle. On y voit un être qui observe le monde depuis son fil et qui décide d’aller se perdre dans le poème de la mer d’où il sortira irrémédiablement changé.
HOME est décrit comme un voyage sur le thème de l’appartenance et de la connexion. Quelles histoires ou émotions ce spectacle explore -t-‘il ?
J’y explore mes fantômes notamment. Mes visions sont presque hallucinées dans ce monde instable. La voltige apparait alors comme un acte de liberté. Liberté au nom de laquelle il faut se battre, de tout son corps offert à l’apesanteur…
L’autre spectacle que vous présenterez au festival WOMADelaide est Le poids des nuages. Parlez-nous un peu de celui-là.
Cette pièce met en scène 2 personnages un peu absurdes face à une situation encore plus absurde. Une grande échelle dirigée vers le ciel. Elle ne mène nulle part.
C’est pour moi, une allégorie de la quête de l’Homme qui cherche toujours plus. Plus haut, plus vite, plus intense. Mais pourquoi ? Ici, l’important c’est la rencontre de ces deux êtres, qui à travers leur quête d’absolu vont découvrir la confiance, l’amitié.
Qu’est-ce qui a inspiré Le poids des Nuages, et comment ce spectacle reflète-t-il le style et les thèmes de votre compagnie ?
Le besoin de prendre de la hauteur revient souvent dans mes créations mais je dirais que c’est surtout une certaine interprétation du mythe d’Icare qui m’inspire le plus, le rêve de voler, la capacité de l’homme à insister, à se dépasser et à réinventer.
Quels artistes, mouvements ou expériences de vie ont le plus influencé votre travail et la direction de la Cie Hors Surface ?
J’ai beaucoup appris de l’auteur et metteur en scène Fabrice Melquiot avec qui j’ai beaucoup collaboré. Et sinon j’ai vraiment eu la possibilité de participer à de nombreux mouvements comme les Arts de La Rue, la danse contemporaine, le théâtre ou encore l’opéra. Je me suis nourri de toutes ces pratiques pour construire mon univers artistique.
Comment collaborez-vous avec les artistes et les interprètes lors de la création d’un nouveau spectacle ?
Je collabore étroitement avec les artistes au plateau, car pour la plupart de mes créations, l’écriture se fait pendant les résidences, je fonctionne beaucoup à l’instinct. Et j’aime pouvoir improviser directement avec les interprètes.
Que souhaitez-vous que le public ressente ou retienne en assistant à l’un de vos spectacles ?
Je tente de faire éprouver au public, un voyage intérieur à travers le spectacle. Que l’émotion que procure la voltige et la suspension servent de socle, à la poésie, les images et l’écriture.
Comment utilisez-vous les techniques de cirque pour raconter des histoires et évoquer des émotions ?
Comme je le disais, un petit peu plus haut, la voltige, raconte beaucoup de la capacité de l’homme à insister à se dépasser et à se réinventer. Je vois la voltige comme un acte de Liberté. J’essaye de faire en sorte que chaque geste ait du sens et que rien ne soit gratuit.
Quel message ou quels thèmes souhaitez-vous surtout transmettre à travers vos spectacles ?
Ce que j’aime beaucoup c’est qu’on ait la sensation que rien ne soit impossible, avec de l’audace et du travail. Le ciel est la seule limite.
Comment voyez-vous le cirque comme un outil pour connecter les gens et explorer des thèmes sociaux ?
Le cirque est comme une micro-politique, comme une micro-géographie, il est comme un médium de déplacement, de dépassement, un déclencheur d »expériences. Aujourd’hui, je poursuis mon voyage à travers les formes et les plateaux, continue d’hybrider les gestes, de déplacer les lieux de présentation du spectacle, pour trouver de nouveaux regards.
Comment adaptez-vous vos spectacles pour différents publics, notamment lors de festivals internationaux comme WOMADelaide ?
Mes spectacles ne s’adaptent jamais. Ils sont connus pour avoir plusieurs niveaux de lecture et comme il n’y a pas de texte, c’est le corps qui parle ! Un langage universel, sans frontière.
Pourquoi le public australien devrait-il venir vous voir à WOMADelaide 2026 ?
Pour découvrir notre cirque ! Poétique et visuel. Volontiers halluciné.
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Nous remercions Damien Droin pour cette interview
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INFOS CLÉS POUR CIE HORS SURFACE AU WOMADelaide 2026
QUOI : La Cie Hors Surface présentera deux spectacles au festival WOMADelaide 2026
QUAND : Le festival WOMADelaide 2026 se déroule du vendredi 6 mars au lundi 9 mars 2026.
Le Poids des Nuages
vendredi 6 mars : 18h et 22h
samedi 7 mars : 19h et 22h
dimanche 8 mars : 19h et 22h
lundi 9 mars : 19h et 22h
HOME
vendredi 6 mars : 20h
samedi 7 mars : 17h30 et 20h
dimanche 8 mars : 17h30 et 20h
lundi 9 mars : 17h30 et 20h
COMMENT : Achetez vos billets sur le site web du WOMADelaide
COMBIEN : Il existe plusieurs options de billets, allant du billet à la journée au pass 3 ou 4 jours, à partir de 240 $ pour un billet à la journée, ou 475 $ pour toute la durée du WOMADelaide. L’entrée est gratuite pour les enfants de moins de 12 ans et des réductions sont accordées aux jeunes (13-17 ans) et aux personnes bénéficiant d’une réduction.
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